C'est fou ce qu'une lettre peut changer le sens d'une phrase.Je transpose donc La journée internationale de la femme dans mon monde, je rajoute un L et j'obtiens une commémoration qui me semble aujourd'hui nettement plus indiquée: La journée internationale de la flemme. Tiens, je me vois bien appeler mon boss de mon lit, la tête encore enfoncée dans la taie d'oreiller et tenir une conversation surréaliste:
"Allô? écoute, je viens pas, j'ai la flemme. -
Hein, quoi, mais attends j'ai besoin de toi, y'a plein de trucs à faire!
- Ouais, mais je m'en fous, j'ai le droit, c'est la journée internationale de la flemme."
Bien sûr, c'est un luxe d'avoir la flemme, au même titre que d'être une femme qui a le droit d'ouvrir sa gueule, donc nous allons décréter que cette journée, comme toutes les journées àlacon (fête des grands-mères, fête du macramé, fête des fêtes), aura droit à un sujet de 1 minute 30 en ouverture de journal de Jean-Pierre Pernaut. Classe.
En occident, des femmes croient que parce qu'elles vont au magasin Vuitton toutes seules, elles sont libres. Finalement, nous vivons une autre forme d'aliénation, des menottes Gucci aux poignets. Mais c'est joli, alors c'est pas grave.
Je suis fatiguée. Je peux dire avec certitude qu'à 27 ans, on a pas la même faculté de récupération qu'à 18. C'est pour ça que je hais les jeunes. Les jeunes n'aiment pas encore la verveine. Moi, j'ai oublié que c'était dégueulasse. Parfois même je l'accompagne d'un petit gateau. Uniquement pour les grandes occasions.
J'ai fait un rêve qui m'a semblé révélateur. On m'appelle, et j'apprends que Citron a eu un accident de voiture, parce qu'il était saoul. Je sais qu'il y a une deuxième personne mais je ne sais pas vraiment qui. Je vais à l'hôpital et de rage, je frappe Citron d'avoir mis sa vie et la vie de quelqu'un d'autre en danger. Je suis à la limite de l'hystérie. Et si l'autre personne c'était moi?
Oui, j'ai du mal à partir de cet appartement, et pourtant, je souffre de le voir se détruire, de voir qu'il m'a détruit un peu aussi. Je crois qu'il est temps pour moi de prendre une décision radicale. De changer. Je me complais dans un demi-sommeil, mais au fond, je sais bien que cette vie là, je n'en veux pas, elle ne me correspond pas. Je ne sais pas faire les chose à moitié. Je les fais ou pas. Le "ou pas" l'a largement emporté ces derniers temps. Je subis au lieu de choisir.
Cette nuit un autre rêve, plus agréable mais empreint de la même violence: je suis dans un endroit public, un magasin je crois, et je suis avec un homme. Il y a une tension sexuelle entre nous, nous cherchons un endroit où enfin nous pourrons nous embrasser avec ardeur. Nous mains se touchent, nos corps s'appellent, mais nous ne sommes pas libres de laisser exploser nos sentiments, car il y a du monde autour de nous, et que même le plus simple des baisers semblerait obscène tant nous nous désirons.
Mes nuits sont agitées car mes songes sont constamment imprégnés de tout ce que je ne peux, ce que je ne sais exprimer le reste du temps. Je sens en moi une agressivité démesurée qui m'effraye terriblement. Parfois elle me rend léthargique parce que j'ai peur que le moindre mouvement en entraîne un autre incontrôlé. Alors je m'empêche de bouger, je reste prostrée.
Que faire, où aller, toutes ces questions qui sont régies par un éternel pourquoi.
Pourquoi vivre.
