Quand une fille veut changer, la première chose qu’elle fait est de se faire couper les cheveux. C’est ce que j’ai fait. Et pour la première fois depuis des semaines, je me suis sentie jolie. Bien sûr ça n’a pas profondément altéré mon état, mais au moins, je me suis regardée dans la glace sans me faire pitié.Hier soir, mes voisins m’avaient invité à boire l’apéro, comme presque toutes les semaines. C’est un couple, la vingtaine, très gentils, très tous fous (et non pas touffus), et l’apéro chez eux c’est vraiment le pire traquenard. En pressant mon doigt contre la sonnette, je savais que je ressortirais en piteux état. Pourtant je n’en avais pas envie, j’aurais bien bu un coca light et mangé une olive et puis je serai rentrée chez moi boire une tisane, un pépito et au lit. Mais la force de persuasion des ces jeunes là est terrible. Ils avaient invité deux amis, de leur âge, et qui buvaient autant qu’eux. J’avais l’impression d’être dans une soirée étudiante, sauf qu’il n’y avait pas de joints. En fait, j’avais tout bonnement le sentiment de me replonger une dizaine d’années en arrière, le genre de soirées où quand tu ne bois pas, tu passes pour un naze.
Alors voilà, j’ai bu. Trop. Trop vite. Trop de mélanges. J’ai fumé 6000 clopes, j’ai même peut-être chanté très fort avec eux « Dans le porrrrrrt d’Amsterrrrrrdam, y’a des marins qui chantent… ». Et voilà. Voilà comment je me suis retrouvée au réveil avec des nains qui jardinaient sur ma tête. Je les combats à coups de Nurofen, mais je peux vous dire que ces nains là sont coriaces. Un des amis qu’ils avaient invités, genre « ouais j’t’assure, j’fais du skate mais j’ai oublié ma board chez moi » a commencé à me branchouiller un peu, avec la grâce et la maturité légendaires des ados boutonneux.
Quand je lui ai dit que j’avais 27 ans, il a fait des yeux tout ronds. Il croyait que j’avais à peu près son âge (19 ans). Et puis il a rajouté : « Ah bah c’est pas grave, de toutes façons, ch’préfère les filles plus vieilles que moi ».
Prends ça dans la gueule. Devant tant de classe, je me suis tue.
