Les rêves et cauchemars que je fais déterminent souvent ma capacité à supporter la journée. Autant le dire, pour aujourd'hui c'est très mal barré.Cette nuit, j'ai rêvé que mon père se suicidait, en laissant une lettre dont je ne me souviens plus. Je le voyais dans un bain de sang.Puis suivait ma mère, qui, elle, choisissait de se donner la mort en avalant des Temesta. Elle était allongée sur un banc. Je la regardais et je pleurais. Je me sentais seule. Elle aussi avait laissé une lettre en me disant qu'elle m'aimait.
Et puis, quelques jours plus tard, toujours sur ce banc, elle se réveillait et le médecin me disait que la dose de médicaments qu'elle avait pris l'avait juste plongé dans un profond sommeil.Mais à part ça, je suis normale, hein.
Oui, j'ai cet arrière-goût de mort qui me poursuit. Parfois, je marche dans la rue, et tout ce que je vois, ce sont de futurs cadavres. Ils marchent, rient, jouent, se séduisent, mais je ne vois que le côté sombre, les malheurs de leur vie, leurs larmes, leurs déchirures. C'est ce que je vois en moi aussi.
Je ne me rappelle plus à quel âge j'ai pris conscience qu'on allait tous y passer. La plupart des gens vivent très bien avec ça, mais pas moi. Je ne crois en rien, en aucun Dieu, en aucune théorie, aucune philosophie, je vis ma vie médiocrement, me satisfaisant de plaisirs égoïstes, en pensant bêtement qu'ils m'apporteront le bonheur. Je n'affronte pas mes peurs, je les subis, je ne vois devant moi que des amours malheureuses avec des dimanches après-midi à Ikéa. Je vois la moitié du verre vide, et j'ai le sentiment que le reste du verre ne sera pas bu par moi, qu'il va lamentablement s'écraser au sol et se déverser sans que j'aie pu étancher ma soif.
Je ne sais pas ce qu’est le carpe diem car chaque jour j'espère que demain sera meilleur. Je ne sais pas en quoi il le serait. Puisque je ne fais rien pour.Oui, je sais. Tout ça est bien glauque, car ce n'est même pas une complainte. La souffrance se crie, la mienne se tait, c'est une résidence secondaire.
Voilà je ne sais même plus comment enchaîner pour évoquer mon week-end, qui fut bon. Je suis allée voir deux films, "La jeune fille à la perle" vendredi soir et "L'effet papillon" dimanche après-midi, j'ai aimé les deux, dans des genres très différents. J'ai vu Aki qui m'a demandé d'être témoin à son mariage, cela m'a touché. Et puis je me suis dis que merde, j'avais rien à me mettre. Je suis nulle en vêtements classes. Nous avons mangé une fondue chinoise en discutant des connards de gens qui nous entouraient, nous sommes allés boire un verre avec Ezechiel et Fred, c'était bien.
Le lendemain, le temps était triste. Je suis allée chercher des croissants, je suis allée voter, j'ai fini la soirée devant la télé, à regarder la soirée électorale.Les soirées électorales, c'est aussi chiant qu'un épisode de Derrick. Même sur TF1, ils n'ont pas concédé l'animation à Arthur avec des bimbos en string pour égayer le débat. J'ai regardé, écouté, je me sentais si loin de toutes ces considérations, il fallait les voir se rejetant la faute les uns sur les autres. Un beach-volley politique.
J'ai eu Alana au téléphone, elle me manque. Je me devais de l'appeler toutes les heures pour voir si elle était encore en vie, car son hypocondrie est pire que la mienne. La pauvre se traîne un rhume et elle pense à un complot bactériologique contre elle. En plus, elle m'a affirmé que des bergers allemands grattaient à sa porte pour la manger. Pourquoi n'ai je que des amis tarés.
Dimanche, je me suis réveillée avec une chanson de Lorie dans la tête "Moi j'ai besoin d'amou-ou-ou-our".
Oui, c'est ça. Pourquoi n'y ai-je pas pensé avant?
