24/03/2004

Où j'apprend que je suis un être supérieur

Au début, je croyais que le but d’un blog c’était de faire croire aux autres que j’avais une vie géniale. Maintenant, je sais que c’est juste pour leur faire partager ma vie de merde. Je vais donc vous faire partager ma vie de merde.

D’abord, hier, j’ai appris quelque chose de primordial. Quelqu’un m’a fait comprendre que si j’étais dépressive, c’est probablement parce que mon QI était très élevé. Maintenant, ça me paraît plus qu’évident. C’est forcément ça. Si je regarde en arrière, j’ai toujours eu la sensation d’être incomprise. De plus, l’élément qui me met la puce à l’oreille est que j’ai sauté une classe en maternelle parce que je dessinais super bien les lapins. C’est pas une preuve de ma supériorité intellectuelle, ça ?

Du coup, je suis de bonne humeur aujourd’hui maintenant que je sais que je suis intelligente. Hier soir, en rentrant chez moi, j’ai croisé ma voisine, qui justement se rendait à mon appartement pour voir si je voulais aller me balader avec elle et son chien. Je lui ai dit que tant qu’à faire, on avait qu’à faire un petit apéro sur les quais, sur un banc en dessous des saules. Nous voilà donc parties avec une bouteille de vin blanc et des petits gobelets en plastique (oui parce que nous, on boit, mais avec classe). Je dois dire que j’aime beaucoup aller m’asseoir sur les quais de Saône au bord de l’eau, du moins quand ils ne sont pas envahis par une horde d’étudiants bourrés et en chaleur avec leurs djembes insupportables. Heureusement, ils ne sont là qu’en été, comme les moustiques.

Hier, il faisait froid, humide, les ponts commençaient à s’éclairer à mesure que le jour s’en allait. J’aurais presque eu l’impression d’être à Prague, au bord de la Moldau, si sur le bâtiment de l’autre côté de la rive, il n’y avait pas eu écrit en grosses lettres bleues « Voies navigables de France ». Nous sommes arrivées à la conclusion que si je restais à Lyon, nous prendrions un appartement ensemble. Mais peut-être est ce le vin qui nous a fait dire ça.

Nous avons parlé tout en vidant la bouteille et en se gelant les doigts sur de vieilles cigarettes roulées, le chien venant parfois se frotter à nous pour nous signifier son mécontentement de ne pas être le centre d’attention. Lorsque le froid a eu raison de nous, nous sommes allées chez moi et avons continué notre conversation en écoutant de la musique, et Citron nous a rejoint avec une autre bouteille. Il ne manquait plus qu’un feu de cheminée. La soirée s’est finie tard, mais pas trop.

J’ai quand même eu du mal à me lever, ma saloperie de couette me murmurait « Mais non reste ici ». Je remercie mon réveil d’avoir la fonction « Snooze », c'est-à-dire qu’il sonne toutes les 10 minutes, car le réveil sait que l’être humain est fourbe.

Et qu’en plus il a une vie de merde.