15/03/2004

Dog sitting

Je me suis réveillée ce matin en étant formellement persuadée que c'était dimanche. J'ai ouvert les yeux vers 7h30 en me disant que j'allais passer une bonne journée à ne rien faire, et le calme dominical habituel de la rue me confortait dans cette douce illusion.

Vers 8h00, j'ai enfin réalisé qu'on était lundi.

Et là, c'est le drame.

Parfois il m'arrive de me réveiller le samedi en me disant que je dois aller bosser et en fait, non, et c'est une sensation assez joussive mais le contraire m'arrive rarement, bien heureusement, car je vous confirme que là, la sensation est über-pourrie.

Et puis, en même temps que ce lundi matin qui m'arrive en plein dans la face, reviennent les souvenirs d'une déclaration d'impôts à remplir, de l'absence de linge propre dans mon armoire, d'une lettre de rappel d'une facture EDF impayée à régler avant le 10 mars (oui j'ai un décalage de 5 jours avec le reste du monde), de mon compte en banque crédité de 12 euros 93, de la boîte à café vide, et plein d'autres chouettes trucs dans le genre.

Autant dire que mon envie de me me lever ce matin sur l'échelle du "envie de me lever ce matin" était de -130 000. C'est avec un mélange de grâce de gazelle amputée et d'une humeur de broccoli (j'ai ouï dire que les broccolis étaient pas des légumes faciles-faciles) que je me suis finalement décidée à affronter cette matinée déjà gâchée. Pour bien achever de me miner le moral, j'ai regardé les dernières infos et hop c'est parti pour une journée de merde, celle où tu as envie de calme et qu'il y a 6 roumains qui jouent de l'accordéon dans TON wagon de métro.

Ce week-end, j'ai fait du dog-stting, c'est pareil que le baby-sitting sauf que c'est avec un chien. Je l'avais proposé à mes voisins. Bien que je ne sois pas une fanatique des chiens, et ce pour plusieurs raisons.La première remonte à un terrible souvenir d'enfance: alors que je faisais mes premières armes sur ma bicyclette rouge, un gros chien a foncé sur moi en aboyant très fort, et, en voulant l'éviter, je me suis lamentablement vautrée sur le bas-côté.

La seconde, c'est que les chiens ont ce regard de dépressif qui me ramène à mes propres angoisses, j'ai constamment le sentiment que le meilleur ami de l'homme est un névrosé complet.

La troisième, c'est que ça pue.La chien de mes voisins est un labrador noir, enfin une chienne plutôt (c'est terrible comme on a du mal à utiliser le mot "chienne" ou "chatte" sans arrière-pensée). Avec Citron, on s'est comporté comme des grands-parents permissifs, l'autorisant à manger des choses interdites en temps normal et à monter sur le canapé.

Promener un chien un samedi matin à 7h30 sous une pluie torrentielle peut paraître tout à fait repoussant, mais moi, j'ai bien aimé. Et puis avec un chien, les gens te sourient, te parlent, caressent le chien en disant "Moulala, qu'il est meugnon" (ça marche aussi avec un enfant de moins de 7 ans). Et puis c'était drôle de faire le marché avec elle, j'ai cru qu'elle allait se jeter sur les poulets et puis elle sentait les fesses des petits chiens des bobos, et moi je laissais faire parce que ça mettait les gens mal à l'aise. Mais après tout, il ne faut pas réprimer l'instinct animal.

Les bobos du marché pensent que le chien est un accessoire de mode (ça marche aussi avec un enfant de moins de 7 ans).

Samedi, rendez vous au Kiki Kaï Kaï avec Ezechiel et Fred, que je n'avais pas vu depuis longtemps au vu des derniers évènements. Dehors, il pleut sans discontinuer alors je prends un chocolat chaud, ma boisson favorite des jours sombres. Souvent, dans les bars, ils le font avec de l'eau et c'est imbuvable mais là il était au lait, alors j'étais contente. Je pourrais faire une carte des bars de Lyon où les chocolats sont au lait. Je suis très exigeante sur ce point.

Ezechiel m'offre "Undertow" de Tool que j'ai perdu il y a quelques mois et Fred "Olé" de Coltrane. On parle, on regarde les gouttes s'abattre contre les baies vitrées. Puis nous partons marcher sous la pluie, jusqu'à l'insupportable, jusqu'à ce que l'eau s'infiltre partout et qu'on a l'impression de n'être plus qu'une immense flaque. Je vais ensuite chez Fred, nous buvons un thé, mangeons mais je n'ai pas envie de sortir, alors je rentre et je reste avec la chienne, affalée sur le canapé, et puis comme le dit très justement ma Tessa, "sortir le samedi soir, c'est vulgaire", ce à quoi je m'associe tout à fait.

Le lendemain, il fait beau, j'emmène ma grand-mère se promener dans la vieille ville, les gens mangent des crêpes et des gaufres.

Nous nous asseyons à une terrasse, profitons de ce bain de lumière et de chaleur, puis nous buvons un chocolat.

A l'eau.