
Gugu a déjà 1 mois.
C'est bien évidemment à mes yeux (mais aussi probablement aux yeux du monde aussi, sans exagérer) la plus belle du monde. Même ses cacas sont chouettes.
Pour explication, Gugu est en référence à Gugu Ganmo, le gros poussin rose en illustration ci-dessus. Oui parce que ma fille est un gros poussin rose. Je veux dire, elle faisait quand même 4k140 pour 53 cms à la naissance, alors avec vos bébés de 3kilos vous me faites bien rigolez. Moi quand je fais un enfant je plaisante pas hein.
D'ailleurs, il m'a été impossible d'accoucher naturellement. Moi j'étais là avec ma petite robe à fleurs, mes joues rouges et mes sabots, pensant que mon enfant allait sagement sortir de moi sans douleur dans l'eau en 1h35. Ah c'est beau la naïveté tout de même!
Ca a commencé le 21 mars vers 20h. J'avais déjà eu des contractions le matin, mais rien de douloureux, juste les fausses contractions qui font pas mal, celles où tu as l'impression qu'un aspirateur Dyson est rentré dans ton uterus et est bien decidé à avoir toutes ces salopes de miettes. Comme j'avais 5 jours de retard dans mon accouchement, j'avais un peu laché l'affaire, je m'étais résignée à rester enceinte toute ma vie. Mais que nenni! Gugu, elle, en avait marre de sa suite, le room service n'était vraiment plus à la hauteur et hop elle s'est dit que c'était le moment d'aller poser plainte directement à la reception non mais dites donc.
Vers 22h, nous sommes partis pour l'hopital (on nous avait dit d'attendre d'avoir des contractions pendant 2 heures toutes les 5 minutes, ce que j'ai fait en bon petit soldat). Arrivés là-bas, on m'a examiné.
"Ah ben vous n'êtes dilatée que de 3 cms, il va falloir rentrer chez vous, c'est pas assez".
Oui mais non hein. Enfin, il faut croire que mon utérus parle couramment anglais parce que dès qu'on m'a dit ça, j'ai eu des contractions toutes les 3 minutes donc ils ont été obligés de me garder. J'ai marché dans l'hopital pendant 1h30 heure histoire de faire avancer les choses, puis, comme j'avais choisi d'accoucher dans l'eau, on m'a emmené dans la chambre avec la grosse baignoire et les chouettes tableaux Ikea.
Et me voilà nue dans ma baignoire avec pour compagnons Toyboy et une bouteille de gaz (oui parce que quand on accouche dans l'eau c'est le seul anti-douleur auquel on a le droit). Bon, j'avais super mal. Alors forcément, je me vengeais un peu sur la bouteille de gaz. J'en ai vidé une bouteille et demi. Toyboy voulait aussi essayer parce que ça avait l'air rigolo, je racontais que des conneries, j'étais complètement shootée. J'entendais ma voix déformée, j'avais l'impression d'avoir fumé 30 joints en même temps et d'avoir trop bu.
Après avoir trempé près de 3h dans la baignoire, on m'a ré-examiné.
"Ah ben vous n'êtes encore dilatée que de 3".
Bon, là j'ai demandé des drogues. J'étais épuisée et incapable de respirer encore une bouffée de gaz, j'étais à deux doigts d'enfin comprendre les poèmes tout pourris de Jim Morrison que je lisais quand j'avais 15 ans. Je suis sortie de l'eau puisque visiblement ça ne servait à rien, on m'a administré un anti-douleur dans la jambe et j'ai pu me reposer un peu.
Puis il a fallu pousser. La sage femme m'a dit qu'en une heure, ce serait fait.
Deux heures plus tard, j'y étais toujours. La chirurgienne est venue et m'a dit que le bébé ne descendait pas malgré mes efforts et que je devais subir une césarienne d'urgence.
Signer une décharge pour dire qu'on prend bien conscience des dangers de mort ou de rester handicapée à vie alors qu'on vient de passer 24 heures sans sommeil à avoir super mal n'est pas exactement la meilleure façon de passer un dimanche. Je disais à Toyboy en pleurant à moitié: "Si il m'arrive quelque chose, tu prendras bien soin d'elle, hein, ne la vends pas sur e-bay ou à Madonna s'il te plait" (oui, même au plus misérable de moi-même, j'ai encore super le sens de l'humour).
Derrière mon petit rideau, je sentais bien qu'on me faisait quelque chose mais je n'avais pas mal. Toyboy était à coté de moi et il me tenait la main.
L'opération ne dure que quelques minutes et j'entends un cri strident. Elle est là, en bonne santé, et mes larmes commencent à couler bien que je ne puisse pas encore la voir.
On me l'apporte, enveloppée dans une serviette éponge blanche. Il est 14h20. Elle est calme, je ne vois que son visage et je peux vraiment dire que c'est le plus beau moment de ma vie. Toyboy a ce sourire qu'il n'a que quand il est très ému (ah oui parce que bon les anglais sont très reservés niveau émotions, et Toyboy encore plus que les autres. Du style il aurait très bien pu serrer la main au bébé pour l'accueillir). J'oublie complètement les longues heures précédentes quand elle tient mon doigt avec sa petite main chaude.
Toyboy part avec une nurse et notre fille dans une autre pièce pendant qu'on me recoud. Puis il revient et me dit que notre fille fait plus de 4 kilos et que c'est pour ça qu'elle ne pouvait pas sortir, combiné avec le fait que j'ai des gros os qui bloquaient le passage vers la sortie (ahah! je vais pouvoir utiliser la super excuse "Non je ne suis pas grosse, j'ai de gros os").
J'ai passé les 3 jours suivants à l'hopital et celà fait maintenant un mois que Gugu est avec nous. C'est crevant, pas toujours facile mais si c'était à refaire demain, je n'hésiterai pas une seconde.
C'est un gros poussin rose.
Notre gros poussin rose.