11/09/2003

Tous les moi(s)

Suis exténuée. Ai passé 3 jours à courir partout, à dormir très peu, à fumer 3000 cigarettes par heure. J'ai des cernes jusqu'au genoux, ce qui, en plus d'être relativement peu présentable, me donne l'air d'avoir eu une opération de chirurgie esthétique ratée.

Je les vois venir les petits malins qui vont me dire que peut-être je n'aurais pas dû boire tout ce champagne à la fête de fin de tournage, et que c'est pour ça que j'ai mal à la tête. Mais moi, je sais que c'est faux. Je sais que c'est à cause de ma tumeur au cerveau que j'ai depuis 15 ans. Je hais les mauvaises langues.

Ces derniers jours m'ont appris quelque chose: les gens ont l'air plutôt une image agréable de moi, et ne me trouvent pas asociale. Ils sont prêts à m'aider, à faire des choses pour moi. Mais maintenant, j'ai peur de les décevoir. De ne pas être aussi bien qu'ils le pensent. Je n'essaye pas de me donner un genre ou prétendre être quelqu'un que je ne suis pas, mais au fond, je remets en question mon comportement de ces derniers temps, qui consistaient à nouer le moins de rapports possibles avec les autres.

Je me rends à présent compte que c'est par peur de perdre que je n'avance plus. En quelques années, mes seules véritables amies sont parties vivre à Paris, et moi qui ait tellement de mal à m'entendre avec les filles, je ne fais plus aucun effort, et pire même, je ne sais pas comment agir. Je ne veux pas harceler les gens ou les forcer à faire ce qu'ils ne veulent pas. En fait, je crois tout simplement que j'ai peur qu'on ne m'aime pas, et que c'est pour ça que je passe mon temps à critiquer les autres avant que les autres ne me critiquent moi. Ou alors je m'auto-critique, ça va plus vite. L'autodérision est un sixième sens chez moi, je me dévalorise pour que les gens se disent qu'au fond, je ne suis pas aussi terrible que je ne me décris.

Je suis une fille qui refuse qu'on la réduise à celà. La pire insulte pour moi est qu'on me dise "Ah t'es bien une fille", me rangeant automatiquement dans une catégorie de chieuse hystérique ,car c'est ce que signifie cette remarque à mon sens. Je refuse le neuneu Walt Disney, les commentaires sur les fesses des mecs (ou alors très salaces), les soirées entre filles/entre mecs (ça m'exaspère au plus haut point dès que ça excède 2 personnes), les filles au tricot les garçons au foot, mon patron qui dit "le lancer de marteau devrait être interdit aux filles"(parce qu'elles ne ressemblent pas aux potiches de TF1),au notions beaufs de féminité de FHM, etc... je ne suis pas une chienne de garde non plus car à mon avis elles sont à côté de la plaque.

Paradoxalement, j'ai regardé les 1200 rediffusions de "La petite maison dans la prairie", je fais des soirées pyjamas/gateaux-qui-font-grossir/dvd-àlacon avec des filles, je lis FHM chez le coiffeur, je fais des remarques parfois plus mysogines que certains mecs.

Je suis tout et son contraire.

Comme tout le monde.

J'suis bien une fille, tiens!