A 12 ans, alors que je n'étais qu'une vile ignorante à l'appareil dentaire apparent et à la raie au milieu, j'ai découvert les joies du premier baiser.Autant dire que mes connaissances en matière d'amour et de léchage de langues se limitaient à la lecture tous les mercredis des OK!Magazine de ma soeur où je lisais avec envie et délectation des sujets aussi sensibles que "Mon flirt m'a touché les seins, suis je enceinte?" ou encore "Si je me baigne dans la mer alors que j'ai mes régles, vais-je attirer les requins?".
A peine sortie de mes barbies, je devais rentrer dans un monde qui m'était inconnu et qui me dégoutait un peu. Mais voilà....j'avais un an d'avance sur mes camarades de classe parce qu'à l'école maternelle, on avait jugé bon de me faire passer directement de la petite à la grande section devant mes talents indiscutables de peinture de lapins. Je devais donc me mettre au niveau de mes copines, qui avaient en grande partie, expérimenté la chose.
Je redoutais un peu le moment venu. Je savais qu'un des garçons de ma classe en pinçait pour moi, ce que je ne comprenais pas parce que je l'avais déjà vu sortir avec d'autres filles, plus mures que moi. Mure à 12 ans, ça veut dire avec des seins. Moi, je n'étais encore qu'une petite fille avec des baskets en coton rayées blanches et noires et un gros chien en peluche dans mon lit appelé Pouf (et à cet âge-là, je n'y voyais pas de double sens).
La première fois que le garçon m'a demandé de sortir avec lui, j'ai eu peur et j'ai dit non, en lui faisant croire que j'étais avec quelqu'un d'autre, avec la complicité de mes amies qui lui confirmaient cet état de fait. Quelques mois plus tard, il revient à la charge. Je me sens coincée car il me dit "Tu as dit non une fois, mais tu ne peux pas le dire deux fois." Ca me traumatise. Je me dis qu'il faut que je franchisse le pas. Je vais donc voir ma soeur, qui a 2 ans de plus que moi, et elle me traite de nouille, elle se le joue en me disant que je ne suis qu'une gamine.
Bien décidée à lui montrer qu'elle se trompe, j'accepte l'offre. La rumeur veut que le garçon en question me ramènera après le cross du collège, qui consiste à faire le tour d'un putain de lac.
Après la course, je suis rouge, je transpire, et mon coeur s'emballe lorsque je vois mon prétendant s'avancer vers moi d'un pas assuré. Comme prévu, il me propose de me raccompagner chez moi, et prenant mon courage à deux mains, je dis oui. Le trajet est long. Il me semble une éternité. Je suis mal à l'aise contrairement à lui, qui a déjà embrassé des milliers de filles à seins(me dis-je).
En bas de mon immeuble, j'espère pouvoir m'esquiver, mais voilà qu'il s'approche dangereusement de moi, m'offrant sa bouche juvénile. Je ferme les yeux, comme me l'ont conseillé mes amies. Ca va très vite: nos langues tournent bêtement, sans aucune sensualité, mais avec une technique à toute épreuve. Je prie pour que ma mère ne me voit pas parce que je suis sûre qu'elle en ferait une crise cardiaque.
Le baiser terminé, je rentre chez moi, glorieuse, femme, la tête haute, et je me précipite dans la chambre de ma soeur pour lui annoncer la nouvelle. Elle me répond, nonchalemment "Et alors?". Je suis perplexe devant ce manque de reconnaissance.
Les jours suivants, notre relation consiste en:
- le garçon me raccompagne en bas de chez moi
- on s'embrasse pendant 2 minutes et demi
Au bout de deux semaines, le garçon veut me raccompagner encore une fois, mais je n'ai plus envie. je vis dans un stress monstre depuis que je suis avec lui.
Mon excuse est donc la suivante (et c'est véridique): "Non merçi, j'ai mes règles".
Il est estomaqué.
Je viens de lui dire la plus grosse connerie qu'il lui ait été donné d'entendre.
Le lendemain matin, je romps sur le terrain de basket.
