06/04/2005

Désaffection



Tous les ans, à la même époque, revient cette période que je hais tant, celle où je me déteste physiquement, où je n'ose même plus me regarder nue dans une glace, où la honte de mon corps me paralyse dans ma vie intime. Je ne supporte pas les regards de la rue, les mains de Toyboy sur certaines parties de mon anatomie, celles que j'exècre particulièrement, mon ventre, mes hanches. Même ma poitrine me paraît maintenant trop grosse, et pourtant Dieu sait qu'elle ne l'a jamais été. Mon moi extérieur ne correspond plus à mon moi intérieur? Je me sens lourde, maladroite, imposante, et le pire c'est qu'il fait beau et que je ne peux plus vraiment me cacher.

Je n'ai jamais vraiment su gérer le physique. J'ai été mince, voire maigre quand j'étais au plus mal, et je me sentais fragile, vulnérable, inexistante. Je voulais m'effacer, me supprimer du paysage, être l'ombre de l'ombre. A présent, j'oscille. Des fois, je m'en fous, et d'autres, ça m'obsède. Je voudrais apprivoiser mon corps enfin, avoir le dessus sur lui, ne pas le laisser s'exprimer à ma place. Lui dire qu'içi, c'est moi le chef.

Je ne parle pas d'un vulgaire problème de poids, je n'en ai pas spécialement pris, je ne suis pas différente d'il y a un mois. C'est simplement un phénomène de désaffection soudain, je me sens intoxiquée de l'intérieur. Alors comme tous les ans, cette prise de conscience entraîne la consommation soudaine de litres de thé vert et de légumes, et un dégoût pour tout ce qui m'apparaît "malsain", même le fait de penser à des pâtes me dérange.

Je ne sais pas si on est ce que l'on mange, mais si c'est le cas, je suis actuellement une courgette.