Ah tu es là putain de tristesse. Tu attendais sagement à la porte et tu es entrée au moment où je ne m'y attendais pas. J'étais là, assise dans la petite pièce, dans le fauteuil aux coussins verts de mon enfance, je regardais la nuit par la fenêtre, mes doigts suivant l'entrelacement des tiges d'osier du canapé, je repensais au jardin en fleurs de mes 5 ans, à la douceur de ne rien ressentir du tout. Le bonheur en intraveineuse.Mais il ne reste rien, sinon le souvenir qui se transforme en noeud à l'estomac au fil des heures. Je n'ai pas peur de la souffrance, sauf lorsqu'elle est là.Je me suis levée, Citron était dans le salon, allongé sur le canapé, et il regardait un film. Je l'ai regardé, il m'a dit "Je t'ai acheté quelque chose à manger que tu aimes bien".
Je me suis assise à ses côtés, et il m'a prise dans ses bras, comme avant. J'ai posé ma tête sur son épaule, je me suis blottie contre lui, je me suis endormie avec sa main qui caressait mes cheveux. Citron est parfois un homme dur, impénétrable. Mais il sait, il voit, il ressent, il me connaît, ne pose pas de questions, ne demande pas d'explications, n'en donne pas non plus.
Hier soir, j'ai su pourquoi je l'avais aimé.
