Hier soir, j'étais si en forme que je me suis couchée à 17h30.Quand je suis rentrée chez moi et que Citron a vu mon visage livide, cerné par la fatigue, il m'a directement dirigé vers mon lit, me disant de ne m'occuper de rien, qu'il répondrait au téléphone si on m'appelait, qu'il allait faire des courses et la vaisselle. Il a déposé un verre d'eau sur le rebord du lit, m'a bordé, et je me suis assoupie, voire évanouïe.Pourtant il faisait beau et chaud dehors et j'aurais voulu profiter de la terrasse. Mais hier, le soleil n'existait pas.
Je me suis réveillée quelques heures plus tard, étrangement calme. J'avais l'impression d'être morte. J'ai appelé Alana, elle était au restaurant avec des amis, mais elle a pris de son temps pour me parler, me faire parler, elle m'a laissé pleurer, elle a été douce, elle a été là. Lorsque j'ai raccroché, je me suis dit que j'avais de la chance.
J'ai vaguement regardé la télévision, passant d'un documentaire sur la Pologne sur Arte au vide intersidéral des colocataires de la 6. Une fille pleurait et disait "Bouh j'ai trop honte de la soirée d'hier soir, j'avais trop bu, je me suis comportée comme une chaudasse, bouh, pourtant, je vous jure je suis pas comme ça". C'est ça connasse. Les gens qui n'assument pas ce qu'ils font me donnent envie de vomir.
J'ai un peu lu "Le Monde 2", enfin j'ai surtout regardé les images, parce que mes yeux se brouillaient à la lecture d'une phrase entière, si succinte soit elle. Ca m'aurait pris la nuit pour lire un article. Mais les images étaient bien, je ne regrette pas. Ca m'a rappelé quand j'étais petite et que je ne savais pas lire. Il fallait inventer l'histoire, et c'était formidable car à chaque fois, je pouvais imaginer quelque chose de nouveau. Sinon, assise sur les genoux de mon grand-père, je regardais les images des 3 petits cochons, et il lisait, patiemment, relisait encore, 100 fois, je connaissais par coeur les textes, mais ne me lassait pas d'entendre sa voix prendre des intonations différentes pour chaque personnage. Le livre usé est toujours dans la maison posé sur la table du salon, mais mon grand-père n'y est plus.
Je prends parfois le relais auprès de mes cousins, et je prends soin de leur dire chaque mot lentement et avec conviction. Ils sont sur mes genoux, avec leur chaleur d'enfant, leur odeur de lait de toilette.
J'ai peu dormi cette nuit. J'ai regardé dehors. J'étais calme. Très calme.Ce matin, j'avais rendez-vous chez le médecin à 9 heures. Mon médecin a sans doute un peu plus que la trentaine, un nom à faire pâlir tous les héros de la littérature et est bien plus glamour que les docteurs de "La clinique de la forêt noire".
Mon médecin a la poignée de main franche et virile, la voix grave et rassurante, et lorsqu'il m'a dit suavement "J'aimerais tellement vous faire arrêter vos antidépresseurs", moi j'ai entendu "Je vais vous prendre là tout de suite sur la table de consultation".
Quand il a pris ma tension et que sa main a frôlé mon bras, la sensualité était à son comble. "11,7" m'a t'il dit, d'un ton plein de sous entendus.
Au moment de prendre ma feuille de maladie, j'ai presque eu un orgasme.
