22/06/2003

Sans moi

Je hais la fête de la musique.

Je hais toutes les fêtes où tu te sens un devoir social de sortir alors que tu préfèrerais être nonchalamment vautrée comme une crêpe sur ton canapé. Je n'ai pas arrêté de râler de toute la soirée, j'ai été tout bonnement insupportable. Je crois que s'ils avaient pu, mes amis m'auraient filé des baffes. Mais ils sont gentils et patients. Et plus on est gentil et patient avec moi, plus j'en rajoute, je remets une bonne couche de mauvaise foi et de provoc'.

J'excelle dans l'art d'être chiante. Les autres gens aussi s'étaient senti obligés de sortir, donc on s'est tous retrouvés comme des cons dans la rue, comme quand tu pars en vacances en été et que tu es coincé dans les embouteillages sur l'autoroute du sud, profitant de cette exquise proximité pour admirer les tentatives de défrichage de crottes de nez ou de grattage de couilles.

Essayant de braver les odeurs d'acide sueur et de merguez brûlées, je me frayais des passages improbables entre les pétasses r'n'bisées et les jeunes couples trainant leurs énormes pousettes "Bébé confort", où hurlait un joyeux bambin probablement prénommé Lou, Théo ou Emma, comme tous les enfants qui naissent en ce moment.

Le capharnaüm ambiant me donnait le tournis; nous avons marché, et mon oreille recherchait insconsciemment un peu d'originalité au milieu de ce brouhaha, mais malheureusement, c'était la fête des clichés: formations de reggae-ska , avec des paroles aussi inspirées que les grands moments des Musclés, groupes de lycées grossièrement copiés sur les ados pseudo-punk décolorés et boutonneux de MTV, étudiants en sandales essayant de taper vainement sur leurs djembée sans doute fabriqués dans l'exotique ville de Levallois-Perret.

La fête de la musique, c'est fait pour ça, me direz-vous. Moi-même, lorsque je faisais de la musique, j'ai participé à ces festivités, et bien entendu, j'étais à la même enseigne. Mais ma mauvaise humeur a submergé le reste. Je n'avais qu'une envie: rentrer chez moi. C'était sans savoir que le bar à l'angle de ma rue avait convié un groupe de samba brésilienne, et la samba brésilienne, ça fait du bruit. Ils auraient pu inviter un joueur de flutiau ou de triangle du bangladesh, mais non, là ils étaient au moins 25 à taper et à crier dans tous les sens. Pour dormir, je connais mieux comme berceuse.

Non, je ne suis pas une marrante. Et oui, ce soir, là, le samedi 21 juin, j'avais autant le sens de la fête qu'un kamikaze japonais. Peut-être simplement que j'en voulais aux gens de s'amuser et d'être heureux.
Peut-être que je voulais leur dire que je voudrais être comme eux.

Heureuse.

Juste un soir.