16/05/2003

Un moment inutile

Les mauvais plans, c'est toujours pour moi.

Hier soir, je me suis fait prendre dans un traquenard infame; c'était gros comme un panzer et je ne l'ai même pas vu venir. Une fille que je n'ai pas vu depuis longtemps m'appelle pour m'inviter chez elle en compagnie d'autres personnes, dont elle ne me précise pas l'identité. Moi, ravie et pensant que c'est sûrement pour ma merveilleuse personnalité et mon fabuleux sens de l'humour qu'elle veut me voir, j'accepte avec grand plaisir.

Le soir venu, je me rends dans son appartement, et découvre avec horreur mon ex installé dans le canapé. Voilà la raison pour laquelle elle m'avait demandé de venir. Elle sait pourtant très bien que je ne veux plus le voir car j'estime que quand un type part au ski pendant que la "soi-disant" femme de sa vie se fait avorter, il mérite la pendaison ou l'écartèlement.

Mais je le connais bien, il a du l'amadouer cette petite ingrate, et bien sûr, la gourde s'est laissé prendre au piège.

Je garde un aplomb royal. Je me persuade qu'après 2 ans, je peux passer une soirée en l'ignorant et sans rancoeur. Je le toise. Je le trouve ridicule avec sa nouvelle coupe de cheveux. Il a mis un pull que je lui avais offert. Je voudrais le lui faire manger. J'ai envie de rentrer chez moi. Comme il fait encore doux dehors, mon hôtesse décide que nous irons faire un pique-nique (j'abhorre ce mot) en dehors de la ville; nous voilà donc partis près d'un petit ruisseau très bucolique.

Mais je ne suis pas d'humeur ce soir. Je préfèrerais encore avaler un pot d'échappement que de me trouver là avec cette bête salade de riz et ces cons d'oiseaux qui chantent. L'autre cherche à tout prix à engager la conversation.

"C'est joli, non?
- mmm.
- et tu fais quoi en ce moment?
- rien.
- tu sais tu me manques. - ..."

Mon laconisme ne le rebute pas. Sa voix est insupportable à écouter, il m'ennuie, et je me demande pourquoi j'ai perdu mon temps avec ce type, auquel je ne trouve plus aucun charme ni interêt. Mais lui, il me parle, sans discontinuer, pour combler le vide de mon indifférence. Il me raconte l'argent qu'il gagne, les choses qu'il fait, les gens qu'il voit, la musique qu'il écoute pendant que je compte les feuilles des arbres et les grains de maïs dans la salade.

Je lui manque. Il regrette de m'avoir fait du mal. C'est drôle mais je m'en fous. Je n'attend rien, ni excuses, ni compassion. Je lui assène des coups de couteaux invisibles en lui disant que je suis avec quelqu'un qui me rend très heureuse. Il verse quelques larmes. Elles sonnent faux. Mon coeur à ce moment là plus dur que la pierre. Je ne me réjouis pas de le voir malheureux, malgré tout j'estime que c'est un juste retour des choses.

La nuit tombe. L'endroit semble maintenant hostile. Il tente un rapprochement mais je reste stoïque. Je me lève et je m'en vais. Je souris.

Soudain,je n'ai plus peur du noir.