21/11/2005

En dérangement



Je pense à "Happy and bleeding" de PJ Harvey à chaque fois que j'ai mes règles, cette impression bizarre de se vider entièrement de son sang, le truc dont on ne parle pas dans les pubs des tampons qui sentent le pin des Landes et des serviettes hygiéniques avec lesquelles tu peux faire les chorés pourries de Kamel Ouali. C'est presque malsain. Plus le ouikend passé à regarder Fight Club, La trilogie du sabre, à relire American Psycho, à dessiner des animaux mignons qui disent des trucs salaces, à la fin, je me sentais mentalement destabilisée, ce qui m'a amené à rêver que j'avais super envie de sortir avec Sarkozy et que pour le lui faire comprendre, je lui mettais une main au cul.

En fait, je me suis rendue compte (enfin, je le savais déjà évidemment sans vraiment me l'avouer) que je passais beaucoup de temps à me préserver, parce que je suis certaine que je pourrais très facilement déraper. Du coup, je vis dans une espèce de modération, et je suis mal à l'aise très facilement devant un livre qui me procure des angoisses, une musique qui réveille en moi un mal-être. Je suis la reine du contournement. Souvent, quand je pense à ce que j'ai accompli plus jeune, je me dis "mais comment ai-je pu faire ça?" car je m'en sentirais tout à fait incapable à l'heure actuelle.

C'est mal. Je le sais. Je crois que je ne lutte même pas contre ces peurs, je les nie. J'évite les situations que je pense ne pas avoir le cran de confronter, je sais qu'on peut toujours faire autrement. Bizarrement, lorsque je ne peux pas faire autrement, ça n'est pas si dramatique. La vie a son lot de fatalités.

Le mot qui m'énerve le plus en ce moment: rassembler. Dès qu'un groupe de gens a trouvé un mot bien, il le suremploie. Là, ce sont les hommes politiques, mais les publicitaires le font aussi comme à un moment avec le mot essentiel. Un peu moins bien au scrabble mais tout aussi fourre-tout. Bientôt on rassemblera l'essentiel. C'est comme quand on demande aux actrices françaises: "Que préférez-vous chez X ou Y, chez l'être humain en général?" Et elles, elles répondent "La générosité". Mais quel mot à la con.

Dans un Guardian de la semaine dernière, j'ai trouvé une histoire super drôle . En gros, en Suède, dans une petite ville près de Malmö, des élans ont mangé plein de pommes fermentées (donc alcoolisées): ils étaient complètement bourrés et ont attaqué la maison d'un couple de retraités. De plus, celà arrive souvent, par exemple, l'année d'avant, un élan était entré dans un jardin et en était reparti un vélo autour du cou.

Ce ouikend, qui a été un jour plus long que d'habitude pour cause de maladie incurable le vendredi (bon, ok, y'avait eu Sigur Ros le jeudi soir et je me suis pas réveillée le lendemain matin), Toyboy et moi avons avancé dans nos préparatifs de départ. Nous avons convenu d'une date de départ avec Dave, qui vient jusqu'içi avec son van pour déménager nos affaires et nous, par la même occasion. A vrai dire, on avait le choix entre ça ou mettre des timbres sur le canapé, la machine à laver et les cartons, mais on s'est dit que ça nous reviendrait super cher en affranchissement.

J'ai aussi fait refaire mon passeport qui était plein de mes incroyables voyages à Saint-Martin-La-Plaine, Clermont-Ferrand ou encore la boulangerie. La photo dessus n'est même pas trop pitoyable, je pense assez bien l'assumer pendant les 10 prochaines années dans les fins de soirées alcoolisées où les gens se montrent leurs vieilles gueules couperosées sur leurs papiers d'identité.

J'ai également reservé mes billets d'eurostar pour le nouvel an que je passerais dans la capitale du monde. J'en profiterais pour faire un petit tour à Londres voir Queenie mais il faudra pas que je reste trop sinon en deux jours, je me connais, j'aurais plus un sou.


Au concert de Sigur Ros:
Moi: "Dis, pourquoi ils jouent avec le rideau fermé?
Toyboy: - Parce qu'en vrai ce sont des élans. Alors, tu comprends, ça fait mauvais genre."