20/09/2005

Huis clos



Dimanche matin, café vaguement chaud, cigarette vaguement fumée, assise sur deux gros coussins recouverts d’une espèce de truc rouge très doux, « There is an end » des Greenhornes sur les oreilles, Toyboy allongé sur le tapis rond en train de préparer ses cours pour le lendemain, le vent dehors dans les arbres, juste une journée de septembre.

4 jours maintenant que mon portable est éteint, que je ne regarde pas mes mails, que je vis en huis clos, je mange, je dors, je lis, je fais du vélo, je ne regarde pas la télé, je me fous des infos, la vie culturelle m’indiffère, la une du Point sur l’immobilier et celle de l’Express sur les vins m’indiquent que c’est bien la rentrée, que probablement les gens sont maintenant retournés au travail et qu’ils montrent leurs photos de vacances à des collègues ennuyés. Je suppose que Claire Chazal parle du coût des fournitures scolaires et du froid qui commence à se faire ressentir, les fashionitas doivent s’acheter la panoplie à la mode cet hiver, jupe boule et longues bottes, inspiration russe, et puis peut-être ce tee-shirt des Clash sorti chez H&M pour montrer à quel point elles sont rock’n’roll et t’emmerdent. Faudra quand même songer à vérifier qui sont les Clash, est ce que c'est des copains de Bloc Party?


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Dimanche soir, fin de l'autarcie. Le signal? je range. Je range mes fringues éparpillées, mes disques, mon sèche-cheveux, mes barettes, j'étends le linge, je vide la poubelle de la salle de bains, j'écoute mes messages, lis mes sms, des propositions de sorties, des inquiétudes que peut- être je me sois jetée par la fenêtre ou faite mangée par un panda enragé, je réponds brièvement que tout va bien, je revendique mon droit à la déconnexion, à ne pas être joignable 24h/24.


Et puis, je pleure un peu dans les bras de Toyboy, ce n'est pas de la tristesse ou du désespoir, chez moi, souvent, les larmes sont salvatrices, elles marquent une fin, ou plutôt un début. Alors, on décide de poser les choses, parce que le flou m'angoisse, j'aime avoir des perspectives nettes, un paradoxe pour moi qui ne sait pas tenir un agenda plus de 3 jours.


La dédite, ce sera en décembre, comme ça, en février, on se barre dans la capitale du monde. Je planifie tout mentalement, ce qu'il va falloir vendre, ce qu'on va pouvoir emporter, et puis surtout, je me demande quel travail je vais bien pouvoir faire. Toyboy refuse que je sois "Escort Girl Française", et pourtant, je suis sûre que ça marcherait pas mal. Pour le logement, on a déjà choisi le quartier où on veut habiter, et puis les petites maisons anglaises avec un bout de jardin sont dans nos moyens apparemment. Birmingham n'est certes pas une ville magnifique, mais il y a pas mal de parcs et des canaux. Lyon, c'est beau, mais je m'ennuie et les gens m'enervent, ce côté village conservateur néo bobo m'agace. Cette ville ne me donne plus envie.


Cependant, les décisions que je prend à présent me paraissent moins légères. C'est peut-être ça devenir adulte, c'est comprendre que vraiment, ouais, à la fin tu meurs et qu'une vie, il n'y en a qu'une, que tu ne peux pas tout avoir et que ce que tu décides maintenant te suivras jusqu'à la fin, et tu en subiras les conséquences, heureuses oou malheureuses. Alors soit on se bouge quand même le cul, soit c'est l'immobilisme, la peur de se planter. Moi, je navigue entre les deux.


Toyboy part dans la capitale du monde dans deux semaines, pour "préparer le terrain". Moi, j'espère pouvoir à ce moment aller passer quelques jours à Paris pour voir les deux autres personnes qui comptent le plus pour moi. Une retrouvée, une jamais partie. Deux histoires différentes, deux filles à l'opposé, et pourtant, jamais je n'ai cessé des les aimer, de les considérer comme de ma propre famille. Je crois qu'en ce moment, j'ai besoin de leur présence plus que jamais, quitte à ce que celà soit un peu égoïste.


Ma mère me dit "tu as maigri, ça te va bien". Le problème, c'est qu'elle ne le dit pas une fois, elle ponctue notre conversation jusqu'à ce que je me demande si avant c'était si horrible que ça pour qu'elle me le répète inlassablement. La sous-consommation de nourriture et de choses matérielles signifie chez moi une santé mentale satisfaisante, contrairement à ce que pensent le gouvernement selon lequel "plus la consommation est grande, plus le moral est bon". Moi, si je vais bien, je peux vivre de manière presque ascétique. Ca n'arrive pas souvent, alors j'en profite.


Je dois dire que la vie avec Toyboy me fait du bien, et sans vivre sous son influence, je constate que le peu d'importance qu'il accorde aux choses matérielles, sa façon de se contenter de ce qu'il a, me laissent parfois admirative. Je ne copie pas son comportement, j'en serais bien incapable, j'ai un côté futile-on-va-tous-crever-demain qui est coriace.


J'essaie de ne pas penser aux gens qui vont me manquer, chacun doit faire sa vie après tout, personne ne m'attend.


Comme dit la chanson, "Toutes les saisons ont une fin".