
Je profite des derniers jours de soleil pour aller au boulot à vélo, en passant par le parc et c'est très chouette. Oui, bon, je sais, voir associer mon nom à "vélo", c'est un peu comme associer le nom de Jean-Pierre Pernaut à "bon journaliste" ou Sophie Favier à "classe". Mais je dois dire que je ne suis pas la feignasse qu'on croit, j'ai même un muscle sur le bras droit.
Du coup, je traîne un peu, je m'allonge dans l'herbe et je regarde les arbres et le ciel. J'ai même pas besoin de livre ou de musique, je suis bien comme ça, avec du rien. Le silence est une denrée rare.
Du silence, on peut pas dire qu'on en ait eu beaucoup samedi soir: on fêtait en effet l'enterrement de vie de jeune fille de Tana, qui se marie à la fin de la semaine avec Fred. C'est sa cousine qui avait organisé la soirée, dans un resto/boîte qui était spécialisée dans ces évènements là. Bon, j'avoue, j'appréhendais un peu, craignant de n'être pas vraiment à ma place. Et puis, j'ai réfléchi: elle est où ma place en fait? au fond, j'en savais rien alors pourquoi pas dans un endroit plein de palmiers en plastique rempli de filles et garçons en furie? Ben tiens.
Je suis pas vraiment du genre à rester le cul assis sur une chaise à faire la gueule parce que le lieu ne me correspond pas, je dois dire que je m'adapte à toutes les situations. En plus, il y avait Geisha que j'aime beaucoup mais que je vois rarement et avec qui je ris comme une loutre à chaque fois.
En fait, ce soir là, il n'y avait qu'un enterrement de vie de garçon, tout le reste de la salle était constitué de filles, et autant dire qu'il y avait des individus en chaleur des deux côtés. Avec Geisha et Tana, on faisait des supers chorés de la mort sur du pauvre r'n'b (la choré de la fessée marche vraiment bien sur Beyoncé) quand un type est venu me coller littéralement au cul, pensant sans doute que j'allais être profondément émue par son déhanché sensuel exercé de nombreuses fois au Xyphos Complex et sa transpiration avinée made in Côtes du Rhône. Je lançais des regards desespérés vers mes compagnes de danse mais tu penses, celles-ci riaient fourbement sous cape.
Après m'être subtilement débarassée de l'importun ("euh, j'dois aller aux toilettes"), je tentais de retourner danser à un autre endroit mais le petit malin m'avait suivi et recommenca dans la seconde sa terrible parade nuptiale en me sussurant de doux mots à l'oreille ("hé, tu fais quoi toi? moi j'suis vendeur de voitures!"). Devant mon indifférence totale à ses avances, il déclara forfait et partit entreprendre une autre demoiselle, qui, elle, fut emballée par sa langue molle en moins de deux.
Au cours de la soirée, les filles à qui on allait passer la corde au cou se virent offrir un strip-tease par un certain Michel. Je veux pas mégoter, mais franchement, Michel, pour un strip-teaseur, c'est juste pas possible. Donc Michel était habillé en marine, parce qu'on le sait bien, toutes les filles fantasment à mort sur l'uniforme. Moi, perso, c'est le panda.
Michel se trémoussait donc sur Kylie Minogue, mais malheureusement, il était raide, et je ne parle pas de son sexe. C'est à dire qu'il aurait eu un Swiffer dans les fesses que ça aurait été pareil. De plus, Michel n'avait pas le rythme, on aurait dit qu'au lieu de "I just can't get you out of my head", il entendait "Le petit bonhomme en mousse". Du coup, j'aurais sans doute été plus excitée par un épisode de "Madame est servie" que par ce laborieux spectacle. Le Michel a donc fini en serviette, nu dessous bien sûr et il est parti vers de nouvelles aventures, probablement un mi-temps à la caisse de Auchan.
Tout en buvant ma 52ième coupe de champagne (c'était une cuite chère), un garçon me disait:
"Ah oui? tu as habité à Londres? mais alors tu es une facheune-victim! et puis là bas tu as du en voir plein des strips-tease!
- Euh, non, pourquoi est ce que j'en aurais vu?
- Ben, parce que les gens sont non-conformistes"
Donc, pour ce jeune homme, le non-conformisme c'est se mettre à poil. Alors, non j'ai du lui expliquer que pour voir du strip-tease à Londres, il fallait le choisir et qu'on en trouvait pas à tous les coins de rue. Il avait l'air très étonné.
Ensuite, j'ai discuté avec le jeune patron de la boîte qui m'expliquait les hormones masculines. En gros, sa théorie, c'est: tous les mecs sont infidèles, les femmes doivent l'accepter parce que c'est pas de la faute des faibles hommes, mais des méchantes hormones. Moi, je lui expliquais que j'avais confiance en Toyboy, et il me disait que non, que sûrement à l'heure qu'il était, il me trompait. Je me disais, putain, pauvre mec, un cliché FHM à lui tout seul.
Enfin, en résumé, une excellente soirée. Je suis rentrée à pied avec Geisha et la soeur de Fred à 5 heures du matin, et je peux dire que marcher 3/4 d'heure, ça remet les idées et le champagne en place. Toyboy dormait déjà et j'ai fait attention de ne pas le réveiller, ce que j'ai parfaitement maitraisé jusqu'à ce que je trébuche minablement sur une chaussure et que je m'écroule de tout mon long sur le lit.
Le lendemain, Toyboy m'avait préparé un petit dej' anglais et on est resté au lit un moment, c'était bien, j'étais heureuse. Ensuite, je lui ai annoncé que j'aimerais qu'il m'accompagne à l'hôpital pour voir un nouveau né (et pas n'importe lequel). Il a dit oui, bien sûr, mais j'ai senti son regard apeuré, car il a du entrevoir l'espace d'un moment l'affreuse mante religieuse que je suis, obsédée par l'appareil reproducteur et bien determinée à le manger après l'accouplement. Les enfants, ça le fait flipper et il sait que moi j'en veux, et dans pas trop longtemps si possible. Donc, il est persuadé que je ne pense qu'à ça et dès qu'on voit un bébé dans la rue ou à la télé, il me dit :
"Pas cette semaine chérie".
