30/05/2005

Sortie de route



Parfois, je me sens une aura poétique romantique toute particulière. Ca m'arrive quand je traverse un pont ou quand je regarde un arbre. Cependant, je ne le matérialise jamais par des mots, et quand je pense au "Lac" de Lamartine, je me dis tant mieux, parce que le romantisme écrit, putain, c'est chiant et pompeux.

Je dis ça parce que l'autre jour, j'étais sur une petite passerelle enjambant le Fleuve pour rejoindre l'appartement de Toyboy, et le ciel était rouge, c'était beau et je pensais "Tiens, le ciel est rouge et c'est beau".

Non mais vraiment, j'étais transportée. C'est assez épuisant de passer de cet état d'extase à un autre état où parfois je pense que de toutes façons, je ne me vois pas finir autrement que suicidée. C'est quand même dramatique de pouvoir penser à cette sortie de secours en permanence.

Honnêtement, si Toyboy n'était pas dans ma vie en ce moment, ma vie ne serait rien. Evidemment, si il n'était pas là, je vivrais ma vie différemment. Mais si demain, il partait, je serais désemparée. Ce n'est pas arrivé avec les autres parce que j'avais continué à vivre ma vie de la même façon que lorsque j'étais célibataire. Mais là, rien à voir. Pas que je me sois privée de quoi que ce soit, mais je me suis éloignée de tout: parents, amis. Je ne me le reproche pas: je ne m'en étais même pas rendue compte.

Jamais je ne penserais à l'autosuffisance: je n'y crois pas. J'ai besoin des autres, mais ceux que je choisis. Cette année, bien des choses ont changé, alors je me fais discrète. Plus que jamais, la bulle m'a enveloppée, jusqu'à se refermer.

Ce qui explique sans doute cet acte manqué: j'ai oublié d'aller voter dimanche.

Samedi, je me suis répété en boucle "fête des mères, référendum, fêtes des mères, référendum, etc...". Du coup je serais presque allée voter pour dire NON à la fête des mères.

Et puis dimanche, je me suis levée et j'étais hors du monde. Pas de télé, pas de journaux, juste la perspective du concert de The Kills le soir même. Toyboy m'a dit in extremis qu'il fallait quand même que j'appelle ma mère, ce que j'ai fait. Et puis nous sommes allés au Parc sous une chaleur accablante (d'ailleurs j'étais très accablée). Il y avait deux filles qui avait une radio qui crachait du r'n'b minable et qui parlaient de leurs histoires de mecs. Ce qui m'a fait penser que j'étais bien contente de ne plus être une fille de 15 ans, ni avec quelqu'un qui a la mentalité d'une fille de 15 ans (un symptôme répandu chez le mâle de mon âge). Et pfiout, le référendum. Je m'en suis souvenue pendant la chanson "Fuck the people".

J'en ai parlé avec mon père au cours de ces discussions que j'aime avoir avec lui. Lui a voté non, j'avais l'intention de voter oui. On est tombé d'accord pour dire qu'au fond, on ferait mieux de s'exiler. Moi, je me considère hors de tout ça. Avant, je regrettais de ne jamais avoir voté avec une profonde conviction. Toujours par dépit. Triste, triste.

A présent, je peux le dire, toute cette société, de laquelle je fais partie, me dégoûte, me rend malade parce que les gens sont des cons qui ne pensent qu'à leurs gros culs, leurs salaires pourris qui vont leur permettre d'acheter une plus grosse télé. Selon un sondage, la plupart des jeunes voudraient être fonctionnaires. Mais ce n'est pas un rêve: c'est un moindre mal.

Mais je ne donne pas de leçons: au contraire, je suis une petite abeille qui travaille chaque jour à sa sortie de terrain. Je m'en fous. Je suis détachée, complètement, je suis dans la société parce que j'y vis, j'y travaille, je consomme ses produits, mais je n'y crois pas, je suis une misanthrope en force qui n'aspire pas à rencontrer les milliards de gens qui l'entourent. Mes semblables m'indiffèrent, je me fous de savoir ce que tu aimes comme film et ce que tu écoutes comme musique, si ta cuisine est peinte en rouge sang ou jaune pisse. Ce n'est pas de la rebéllion que de penser d'une telle façon, c'est de la résignation devant ce monde perdu. La révolution n'existe pas, nous sommes un peuple sclérosé et gras. Et si en me lisant, tu penses "pff mais bien sûr que si, pfff", alors lève tes fesses de ta chaise et agis, j'adore qu'on me prouve que j'ai tort.

Pour l'heure, mon Europe à moi fait des pâtes en regardant l'âne Trotro.