
Le 8 décembre à Lyon est un jour particulier dont je n'ai pas envie de raconter l'histoire, parce que je me suis rendue compte qu'il fallait que ce journal reprenne sa fonction première à mes yeux, me décharger, être un exutoire et comme moi je connais la signification du 8 décembre, je ne vois pas pourquoi je me le décrirais et si tu es un de mes lecteurs, y'a google.
Bref, le programme normalement c'est petits lampions et vin chaud dans toutes les rues mais moi j'ai pas envie de sortir bien que je me sente un peu le devoir pour bien montrer l'exemple de la jeune fille guide touristique pour son amoureux, son coloc, le père de son coloc et un mec avec qui elle a couché mais elle s'en souvient plus.
Je ne suis pas au travail je suis dans l'endroit le moins intimiste du monde pour écrire ce journal, un putain de cybercafé où ils passent de la musique cheap et bien sûr ça sent le vin chaud et moi je bois un black tea.
Deux semaines d'arrêt, le premier traitement n'ayant pas fonctionné, Toyboy, Queenie et moi avons du passer au "bon vieux traitement" comme dit ma dermato. Quand il y a "bon vieux" avant certaines choses c'est souvent mauvais présage. Donc, le bon vieux traitement en question, c'es tout simplement un espèce de liquide jaunâtre heureusement inodore, mais composé d'alcool à 95°C, autant dire que si la gale survit, c'est une putain de gale mutante.
Le problème c'est que j'ai à présent la peau brûlée de la tête aux pieds et ça fait mal. Dans le métro pour la fête des Lumières, ils avaient décidé de mettre des néons de couleur différente dans les rames, et moi je suis montée dans la jaune, essayant tant bien que mal de dissimuler les boutons de mes mains, qui semblaient deux fois pire avec cette horrible éclairage.
Celà fait maintenant une semaine que j'habite chez Toyboy parce que le père de Queenie est là et que je lui prête ma chambre fraîchement désinfectée. J'en ai un peu marre j'ai envie de rentrer chez moi. Pas parce que ça va moins bien entre Toyboy et moi, au contraire, je ne me lasse pas de lui, de faire l'amour avec lui, d'être dans ses bras tout simplement. Nous avons beaucoup parlé, je l'ai fait parlé de lui, du bouddhisme, parce qu'il est bouddhiste depuis son enfance, ça va de pair avec être végétarien. Franchement, j'ai passé au moins 2 minutes 30 à me demander ce qu'un bouddhiste végétarien pouvait bien foutre avec moi et j'en suis venue à la conclusion que c'est peut-être parce qu'il a vu que mon âme était pas si pourrie que ça, que j'étais presque récupérable.
J'ai envie de voir personne, je n'appelle personne, je remplis mes journées avec des livres, des films, le net ne me manque même pas, mais écrire, si. Alors j'écris sur des bouts de papier que je sème et je les perds. J'ai découvert par hasard que Toyboy écrit aussi mais sur un cahier. Je ne l'ai pas lu. D'habitude, et j'ai honte de l'avouer, je ne respecte pas vraiment l'intimité des autres mais là, si, je ne sais pas pourquoi. En fait, je crois que je sais très bien, je crois que ça ne m'avancerait à rien et pour une fois dans ma putain de vie j'ai décidé de faire confiance à quelqu'un, de le croire quand il me dit qu'il m'aime. Toyboy ne m'inspire que de bonnes choses, et la preuve la plus flagrante c'est qu'avec lui, je ne recherche pas le conflit, je ne me suis jamais disputé avec lui, ce qui est un fait rarissime pour que je l'évoque içi.
Il part la semaine prochaine pour Birmingham retrouver sa famille pour les vacances, mais il ne fêtera pas Noël, vu qu'il est bouddhiste. Deux semaines sans lui. Ma famille vient pour les fêtes, ce sont mes parents qui organisent cette année. Moi, je suis le mouvement sans enthousiasme, c'est nul, c'est pas le moment de pas se sentir concernée. Le nouvel an, j'en sais rien et je m'en fous, je crois que je pourrais largement me contenter de mater Jean-Pierre Foucault et de me coucher à 11h45.
Je suis un peu démoralisée en ce moment, je me sens mal dans ma peau malgré Toyboy et tout ce qu'il m'apporte. Mais, hein, personne ne peut régler à ma place ce problème d'estime de moi-même, je ne veux m'appuyer sur personne, t'es toute seule, pauvre conne, toute seule.
Toyboy lit "Lone Wolf and Cub" c'est un manga j'aime bien aussi il y a plein de jolies paroles de samouraï dedans, y'en a une que j'aurais voulu citer içi mais je ne m'en souviens malheureusement plus. Nous avons vu Narco c'était bien. Je lui lis les blagues des céréales Weetos et c'est tellement nul qu'on rigole pas. Je n'arrive pas à sourire. Mes crises d'angoisse ont recommencé ces derniers temps, et je prends la couleur du ciel, gris lorsque je me promène seule dans les rues.
Je fais des cauchemards assez sordides en ce moment, avec de la souffrance et de l'humiliation, je me réveille la nuit et je reste les yeux ouverts, mon corps me brûle térriblement. Je regarde Toyboy, je le regarde et je l'aime. Il est là pour moi. Il me veut, avec tous mes défauts, ma vision parfois trop cynique des choses. Je le trouve presque trop bien pour moi.
Pauvre conne.
