15/01/2004

Pulsions

1h00.

Je me réveille, parce que j’ai chaud. Je n’ai plus sommeil, ou peut être trop pour pouvoir me rendormir. Je ne sais plus à quoi je pense. Si ça se trouve, je ne pense pas. L’appartement est calme, mais pas moi. Je me tourne et me retourne, cherchant une position adéquate, mais c’est impossible. J’ouvre la fenêtre qui est à coté du lit, et je sens l’air froid, j’aimerais qu’il m’apaise enfin. Mais c’est trop tard, j’entre dans un cercle de panique inexpliqué et inexplicable. Je pleure doucement, sans raison, je pleure sur ma souffrance si dérisoire. Je me sens très seule. Je me mets soudain à me forcer à penser à mon entourage, à mes amis, à ma famille, pour ne pas sombrer.

Ce n’est même pas une vraie crise de panique, parce que je ne panique pas vraiment, et c’est ce qui m’inquiète parce que des pensées morbides me viennent, presque sereinement, comme quelque chose qui s’impose à moi. Depuis quelques mois, je suis obsédée par l’idée d’une mort violente, je suis comme happée par le balcon sous lequel se profile le vide de 5 étages. J’y pense, je me vois sur le rebord, je me vois tomber, et cela ne m’effraie pas vraiment. Je me dis que cette nuit pourrait être la dernière. Je m’agrippe aux rebords de mon lit, puis à mon chat orange car j’ai peur de ne plus contrôler mon corps. J’ai soif, mais je ne veux pas me lever, parce que j’ai le sentiment que mes pas me guideront tout droit sur le pas de la porte.

Je me sens tellement perdue que je me décide à réveiller Pierre, je lui demande de l’aide mais il fait la sourde oreille car il sait que quand je fais une crise d’angoisse, il vaut mieux me laisser me calmer seule. Mais cette nuit, la situation est différente, je voudrais qu’il me retienne, qu’il me serre dans ses bras pour ne pas me laisser faire n’importe quoi. Je m’agrippe à lui comme un dernier recours. Je me rendors, je ne sais comment, les joues noyées par des larmes hystériques.

Je voudrais dire aux gens que j’aime que je souffre, que j’ai mal, mais je ne peux pas. Je ne peux pas leur dire que parfois je voudrais disparaître. Je ne veux pas discuter, je ne veux pas qu’ils compatissent, je ne veux pas de leurs solutions miracles lues dans « Psychologies » ou « Marie-Claire ». Le chemin se fait seul. Seule.

Je vis cette journée au ralenti, avec le poids de cette nuit déstabilisante, je réponds « Ca va » quand on me demande si ça va, mais je suis en décalage horaire, je suis encore dans ce lit, dans cette chambre, le ventre noué, la gorge sèche, la tête posée sur cet oreiller mouillé, priant désespérément pour ne pas céder à la tentation du vide.