Alors que je me délecte d'un fabuleux mokaccino provenant tout droit de la machine à café (bon d'accord, en fait, c'est dégueu, ça fait plein de grumeaux, mais comme c'est moi qui ait insisté pour qu'il y en ait, j'ai gagné le droit de fermer ma gueule), je me retrouve pour le cinquième jour d'affilée devant cet écran que je ne lâcherais que ce soir, à moitié folle, agonisant à coté de mon clavier, la bave dégoulinant de la commissure de mes lèvres. Et oui, car la nouvelle année commence systématiquement par deux choses immuables:- une cuite (en témoignent de nombreuses photos honteuses de fesses à l'air qu'on te rappellera pendant les 10 ans à venir)
- une réunion avec le boss où, comme chaque année, il décide de tout réorganiser et au final ça fout un bordel pas possible et le 12 janvier, le boss refait une réunion et dit: "Les enfants, on abandonne tout, on reprend l'ancienne méthode".
Donc, je me suis collée à l'inventaire des 4 dernières années, et je n'en peux plus. Je vais me suicider en mangeant l'imprimante.
Heureusement, je m'accorde quelques moments de détente pour éviter de rêver à mes magnifiques tableaux sous Excel. Hier soir, avec mon Christophe, nous sommes allés voir "Lost In Translation" de Sofia Coppola. Je dois dire que le charme de Scarlett Johansson a suffi à me faire aimer ce film. Bon, Christophe, qui est vraiment un rabat-joie fini, a entrepris un débat sur "Est ce que Sofia Coppola se foutrait pas un peu de la gueule des japonais?". Moi je lui ai dit que non, je pensais pas. C'est très subjectif finalement. Le sujet a été clos en 2 minutes 34.
Après on est allé dîner dans un resto que nous ne connaissions pas, enfin, lui, si, il connaissait le nom. Pour l'apéro, je commande un kir, mais le type me recommande le vin de framboise qu'ils font eux-mêmes, alors bien sur, je dis oui, la framboise, ça me rappelle mon grand-père, on allait dans son jardin certains après-midis de juillet et nous mangions des framboises directement cueillies sur les arbustes. C’était bien.
Mais je m’égare.
Donc, je commande cet apéritif, vouée à boire seule car mon Christophe ne boit pas (sa mère le lui interdit, m’a-t-il garanti, encore que j’ai de sérieux doutes à ce propos ; note pour plus tard : se demander si il ne me prend pas pour une imbécile). Et là, surprise, le nectar m’est apporté dans un biberon. Oui, oui, un biberon. Je reste interdite un moment. Je regarde autour de moi pour voir si ce sacré Marcel Belivaux n’est pas dans les parages, mais force est de constater qu’il ne s’agit pas d’une blague, ce qui est d’autant plus inquiétant. Je vois dans le regard de Christophe une lueur moqueuse car lui on lui apporte son Perrier dans un verre. Je ne veux évidemment pas boire dans ce putain de biberon, et Christophe jubile et me pousse à le faire, pour pouvoir ensuite m’accabler de sarcasmes. Pour lui faire plaisir, je tente une tétée, et le goût du caoutchouc est horrible, j’ai honte, je voudrais mourir. Je finis donc par ouvrir le récipient et verse le contenu dans un verre NORMAL. Non mais.
Le dîner est très agréable, le repas est plutôt pas mal, et je bois, seule, un très bon Bourgogne de 1989. Je fume aussi pas mal de clopes, pour tenir ma bonne résolution et montrer que je suis riche et que j’ai les moyens de me payer un paquet de cigarettes (bon en fait, ce n’est pas vrai, mais en ces temps de chasse aux sorcières/fumeurs, j’ai décidé de rejoindre le camp des attaqués)(parce que). On mange du gâteau au chocolat et c’est bon. On se dit qu’on est phimisanthrope, parce qu’à la fois, on aime et on déteste tout le monde. Christophe me parle de sa mère qui le harcèle avec le mariage. Je lui dis que le prochain homme qui me fera une surprise à laquelle je ne m’attend vraiment pas (et j’insiste sur le vraiment pas, parce que la plupart des surprises n’en sont pas totalement), je l’épouse. Il me dit qu’il veut bien me faire une surprise mais que je suis pas obligée de l’épouser.
La soirée s’achève, nous rentrons, le bitume mouillé nous indique que le monde a continué à tourner pendant que nous partagions ce moment.
J’ouvre la porte de chez moi.
Je regarde la fin du Bachelor en ricanant.
Je me couche.
Je pense aux framboises du jardin de mon grand-père.
Et je dors, mon chat orange serré contre ma poitrine.
