Musique : « Hey Ya » Outkast
Livre : « Politique » Adam Thirlwell
Le bain du dimanche est un moment formidable.
Moi je n’ai jamais le temps, et surtout jamais la patience de prendre un bain. D’abord, il faut chauffer la salle de bains où il fait –15 en permanence, et puis, augmenter le thermostat du chauffe-eau, sinon il n’y a pas assez d’eau chaude alors le bain est froid et ça c’est franchement nul. Et puis, après, bien sûr, comme j’ai pas surveillé, l’eau est brûlante, et je mets 20 minutes à rentrer dedans. Comme j’ai attendu à poil, pieds nus sur le carrelage froid, quand j’entre le premier pied dans le bain, ça fait über-mal, à cause du choc thermique.
Donc, du coup, pour entrer les deux pieds, il faut au moins 12 minutes. Les 8 minutes restantes, tu es là, à te dire « Putain j’aurais mieux fait de prendre une douche ». Surtout qu’après, quand tu as enfin réussi à te caser dans la baignoire, tu constates que tu aurais du t’amputer les jambes pour entrer tout entier. En général, je suis obligée de sacrifier mes genoux, qui restent donc froids jusqu’à la fin du bain.
Malgré tout, en ce dimanche gris, j’ai éteint mon téléphone, et ai pris le temps de choisir minutieusement la bonne musique qui accompagnerait ce moment privilégié de solitude. Un petit verre de vin, délicatement posé sur la cuvette des toilettes (ouais, je sais, la classe), du bain moussant au jasmin et à l’orchidée, de douces chansons d’amour et de désespoir, de sereines pensées, je crois que j’aurais pu mourir ce dimanche à 15h30, le corps plongé dans cette eau parfumée. J’aurais voulu disparaître, devenir aussi liquide que ce doux mélange, le sourire aux lèvres, un sourire d’apaisement.
A Londres, je prenais un bain tous les jours, parce qu’il n’y avait pas de douche. Avec mes colocataires, on avait repeint la salle de bains à l’imitation des profondeurs marines. Bon le résultat était certes enfantin, mais il régnait une atmosphère particulière. On aimait bien s’asseoir dans la baignoire et fumer des clopes tout en refaisant le monde. Je crois que j’y ai même fait l’amour.
En fait, je crois même que j’aime bien les dimanches. J’ai appris à les apprécier. Non, pas ceux où tu es obligé de te taper les repas de familles qui durent 4 heures, mais ceux où on se réveille tard, la tête dans les fesses, et que chaque chose exécutée est un petit exploit (faire un café, trouver le Doliprane, boire un jus d’orange sans en mettre partout, se lever tout simplement). On sait qu’on peut se rendormir si on veut, ne pas répondre au téléphone, regarder « Le maillon faible » en jubilant de la bêtise des participants (parce que moi, même bourrée, je sais les réponses, eh ouais !).
Et puis le dimanche on a le droit d’être moche et d’aller faire ses courses en pyjama. On se fout de la gueule qu’on a, parce que les autres ont la même. D’ailleurs c’est très drôle de voir les gens au Petit Casino le dimanche, les cheveux en pétard sur la tête, l’œil cerné, parce que lorsque les regards se croisent, on sait qu’on se comprend (« Tiens, toi aussi t’as une haleine de poney mort et une furieuse envie de Coca ? » « Ben ouais »).
J’aime bien aller au marché aussi. Je bois un petit café avec des amis au bord de la Saône, et je respire l’air frais et les légumes. J’achète ma salade chez Jean-Jacques qui a au moins 102 ans et qui me donne toujours du basilic gratuit. J’aime bien les tulipes aussi, enveloppées dans du papier journal.
L’après-midi, je vais au ciné ou je fais la sieste. Ou alors la sieste au ciné.
J’écoute mes chansons du dimanche, indispensables, « A perfect day » de Lou Reed, « La chanson des vieux amants » de Brel.
Je fais un gâteau. Ou une quiche.
Je prends des bains.
