19/09/2006

White coffee, one sugar



J'écoute: Mattafix "Signs of a Struggle", Akala "It's not a rumour", Ryan Adams "29"
Je lis: "The Cloudspotter's guide"de Gavin Pretor-Pinney, "We need to talk about Kevin" de Lionel Shriver
Je regarde: Extras series 2 (le nouvelle série de Ricky Gervais), Big love ( série américaine avec entre autres Chloe Sevigny sur la polygamie), You are what you eat (une emission ou des gros se font gronder et analyser le caca)


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7 mois que je suis arrivée içi, dans la capitale du monde. Il y aurait des milliers de choses à en dire et des supers analyses psychologiques à en tirer et c'est là que je regrette de ne pas avoir pu écrire au fur et à mesure car les anecdotes s'evanouissent vite à moins que ce soit un truc du genre "je me suis fait mangé la tête par un ours", ce qui pourrait tout à fait arriver si il y avait des ours par içi. Mais il n'y en a pas, et c'est bien dommage parce qu'il y a beaucoup de têtes et les ours seraient drolement contents mais bon peut être qu'ils préfèrent manger la tête des saumons. Comme on dit " Le malheur des saumons fait le bonheur des Birminghamois."

Donc, voilà, 7 mois et je me retrouve à parler de saumons.

Pour résumer la situation, après avoir passé un mois chez les parents de Toyboy, on a tous les deux trouvé un travail, moi dans l'export et lui dans la réinsertion professionnelle, et on s'est installé dans une maison, typiquement anglaise, et le chat des voisins a décidé de venir habiter avec nous. Une fugue due à une crise d'ado sans doute, en tout cas, personne n'est venu nous le réclamer.

En quelques mois, dans cette maison, nous avons eu le droit à:
- une fuite de gaz
- une fuite d'eau dans le salon
- un feu dans le jardin (due, selon les pompiers, à la canicule, ah oui c'est vrai il faisait au moins 24 degrés)

En gros, cette maison résume un peu l'angleterre: elle est foireuse. En gros, l'angleterre me résume un peu: je suis foireuse. Et c'est probablement la raison pour laquelle je me sens bien içi.

Comme quand on est amoureux, je n'ai aucune idée de pourquoi ça marche, mais ça marche. Je n'idéalise pas cet endroit mais je l'aime, je m'y sens bien même si il y a plein de défauts. J'aime le fait que ce soit loin d'être beau, qu'il y ait plein de vent, que le ciel change toutes les 3 minutes, que les anglaises portent des vêtements trop petits pour leurs 90kilos, qu'il n'y ait que des émissions de relooking de maison/jardin/animaux/gens/meubles à la télé. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis plus heureuse. Et avec le recul, je me rends compte que j'avais viscéralement besoin de ce changement. Ce n'est sans doute pas un hasard si je me suis interessée à Toyboy. Je suis certaine que mon inconscient avait fait ce machiavélique calcul.

Je ne connais pas encore grand monde içi mais je m'en fous. On va à pas mal de concerts, au pub, et je suis encore à ce stade ou tout me parait exotique, même prendre le bus. Qui pue d'ailleurs.

Au niveau du boulot, je viens de démissionner, ce qui me permet d'ailleurs d'ecrire ce post car je n'en avais pas le temps/courage avant. Le travail était ininteressant, même si les conditions de travail étaient pas mal, et l'ambiance totalement différente de ce que j'ai connu en France, beuacoup moins formelle. Bon, le seul problème c'est qu'une des bonnes femmes avec qui je bossais était une conne finie, detestée par tous et responsable de bien des démissions. La mienne n'y est pas étrangère d'ailleurs: elle m'aimait bien mais traitait son assistante, une gamine de 19 ans comme une sous-merde. Quand elle m'a proposé de prendre la supervision du bureau et de bosser directement pour elle, j'ai dit non. Et j'ai démissionné.

Je le vois comme un acte de courage dans les bons jours. Et d'instabilité dans les mauvais jours. D'ailleurs c'est probablement ce que penseraient mes parents si ils le savaient. Et comme je m'en veux à presque 30 ans de n'avoir pas le courage de le leur dire, avec comme fausse excuse "je ne veux pas qu'ils s'inquiètent". En vrai c'est parce que je ne veux pas entendre de tirade sur mon incapacité à rester longtemps quelque part, ce qui, en plus, est faux vu que je suis restée presque 4 ans dans mon précédent job. Mon père me dirait que je ne suis pas courageuse. Non, vraiment, je n'ai pas envie d'entendre ça.

Mais si j'ai eu le courage de partir c'est aussi parce que je me suis prouvée que je pouvais parfaitement travailler en anglais et être appréciée pour ce que je suis et mes compétences. Ils ne m'ont pas poussé dehors, ils voulaient que je reste, m'ont proposé une augmentation et des horaires différents, et même si j'ai refusé, j'étais fière de moi. Pour une fois dans ma vie, je me suis dit que j'assurais.

En plus je me suis fait deux amis, les deux designers et c'est chouette.

Donc, me revoilà à la case départ. Mon contrat s'est terminé il y a quelques jours et il faut que j'aille de l'avant, même si avec Toyboy on pense de plus en plus à vivre dans une cave.

Toyboy a un boulot interessant et super bien payé. Mais en vérité, il déprime. Toute la journée, il voit des dépressifs, des accidentés, des grands malades, des alcooliques, et il revient le soir à la maison avec eux, pas physiquement hein, mais mentalement. Il a du mal à decrocher. La seule chose qui lui fait du bien c'est la musique. Il s'est acheté des decks, il mixe du hip-hop et il est content. Mais ça ne dure jamais. Dans sa boite, les gens restent généralement un an et ils partent. Je crois qu'il n'échappera pas à la règle.

Je sais que nous sommes loin d'être "installés". En Toyboy, je sais que j'ai trouvé quelqu'un qui me ressemble et qui a les mêmes aspirations. Le truc qui nous rend heureux, c'est d'être dans le jardin avec notre livre sur les nuages et d'essayer des les reconnaitre.

Je sais que souvent nous sommes dans le déni de la laideur du monde.

Et seuls les nuages nous le rendent bien.