De pures occupations de branleurs en somme.
Pour l'instant, Toyboy est sur un tank en train de mettre des missiles de croisière sur la tête des gens, comme ça, sans raison. Non, il n'est pas en Irak mais en train de jouer à un quelconque jeu video, et moi je suis dans "Retour vers le futur XII", tu sais, l'épisode où j'ai 15 ans, que je vis chez mes parents et que mon copain boutonneux fume des joints en rigolants bêtement. Ouep parce que bon, là je regresse sérieusement. Où donc est passée la jeune femme responsable et ambitieuse que j'étais?
Bon, d'accord elle n'a jamais existé.
Mais quand même, j'aimerais pouvoir vivre chez moi. Mercredi, nous avons visité une maison dans le plus pur style anglais (une terraced house, ces maisons de brique avec des bow window, toutes collées les unes aux autres). Très chouette, à l'exterieur comme à l'interieur, avec un jardin et dans le quartier où nous voulions nous installer initialement. En allant la visiter avec l'agent immobilier, nous avions remarqué des livres sur le bouddhisme et des méthodes pour apprendre le français. Pour nous, c'est forcément un signe du destin.
Nous avons passé, et ce pour la première fois de ma vie, une "house interview" avec le propriétaire. Il nous a reçu dans sa maison et nous avons discuté avec lui pendant environ 30 minutes, de tout et de rien, mais surtout pas de fric. Tous les autres proprios que j'avais rencontré jusque là n'avaient été interessés que par mon bulletin de salaire mais celui là sait pertinement que nous n'avons pas de boulot et il s'en fout. Ce qu' il veut, ce sont juste des gens qu'il aime bien. Comme quoi, des fois les pauvres et moches ont raison: la beauté interieure, en fait, ça compte.
Le proprio devait rencontrer un autre couple (qu'on a attendu en vain derrière un buisson pour les massacrer et avoir la maison) (oui bon, la beauté interieure des fois c'est ephemère) et il nous donnera sa réponse demain.
Cette semaine fut également chargée au niveau de la recherche d'emploi. Nous avons déposé nos cvs sur plein de sites et nous avons ensuite décidé de nous rendre dans des agences style Adecco pour faire des petits boulots temporaires administratifs, genre rentrer des données informatiques, en attendant mieux, .
En gros, on s'est fait jeter partout pour la simple raison que nous n'avons pas travaillé sur le territoire pendant les 3 derniers mois. Donc, même avec des diplômes et des expériences substantiels, on aurait raté notre brevet 4 fois que ça aurait été pareil. Les espèces de pouffes de l'accueil nous regardaient l'air de dire "Non mais tu crois pas qu'avec ton bac+12 et tes 7 ans d'ingenierie en France on va te laisser remplir des tableaux Excel?"
Evidemment, quand j'habitais à Londres, j'ai jamais eu ce genre de problèmes, vu qu'à Londres, y'a pas d'anglais. Mais bien sûr, je suis comme la plupart des français qui croient que parce qu'ils sont allés à Londres une fois dans leur vie au cours d'un voyage scolaire et qu'ils ont ramené une pauvre paire de docks hors de prix achetée sur Carnaby Street en 1991 et vu un vieux punk qui fait payer les photos qu'on prend de lui à Piccadilly Circus, ils connaissent l'Angleterre.
Içi, dans les Midlands, l'accent a été élu (je cite le Guardian): "accent le plus déprimant d'Angleterre". Ca calme direct.
Tout est donc plus difficile pour moi, même si j'ai déjà habité le pays. Le Inland Revenue ne retrouve plus mon numéro de sécu, les banques me rient au nez lorsque je veux ouvrir un compte, quand bien même je leur apporte £2500 en cash. "A cause du terrorisme" disent ils. N'empêche, ce serait plus sûrement plus facile d'être un terroriste.
Néanmoins, et malgré ces petits obstacles temporaires, je ne me laisse pas abattre. Quand je pense à ma situation à Lyon, et bien que mes amis et mes parents me manquent beaucoup, je ne regrette pas ma décision. Je regarde Toyboy et je sais pourquoi je suis venue. Ouais, ça peut paraître un peu nul de dire que je suis là parce que j'ai suivi l'homme que j'aime, ça le fait pas vraiment dans le registre "je suis une femme indépendante". En même temps, je ne prétends à rien. Le putain de prince charmant sur son cheval blanc peut très bien être un type de Birmingham qui a un van bleu et qui te fait réaliser que la vie n'est pas figée.
Et puis après 1an et de vie commune et deux semaines passées confinés dans une chambre avec un lit une place, je continue à trouver chouette la façon maniaque qu'il a de ranger ses cds (qu'il refuse de mélanger avec les miens parce que c'est bien trop personnel et que je suis trop bordélique) (pure calomnie) et cette étrange obsession de faire la parfaite compil de hip-hop pour différentes occasions (le bain, un trajet en bus, un dimanche...).
J'aime bien aussi le fait de l'avoir surpris aujourd'hui en train d'expliquer au chat qui miaulait pour qu'on lui donne à manger que non, c'était pas l'heure, et lui tendant un petit réveil, lui dire "Tu vois, quand l'aiguille sera sur 7, tu auras tes croquettes."
Ce qu'il y a de bien le dimanche, c'est Planet Earth sur BBC1, une série de reportages sur la nature, à vrai dire les plus beaux documentaires que j'ai jamais vu sur le sujet (même si il y a eu des commentaires désobligeants sur les pandas "Tous les animaux ont su évoluer et s'adapter à leur environnement. Le panda, non. Il passe tout l'hiver à bouffer du bambou sous calorique donc il ne peut pas hiberner et passe 3 putain de mois à nourrir son bébé dans une cave glauque. Quels cons ces pandas." Bon j'exagère un peu mais en gros ça voulait dire ça).
Ca bat de loin le blockbuster du dimanche soir de TF1 pour se préparer à un lundi bien misérable.
Parce que, que ce soit içi ou en France, soyez certains que ce paramètre ne varie pas.
