29/07/2003

Petits blessures

(Hier soir: Concert des Tindersticks au théâtre antique de Vienne.)

Je suis couverte de bleus, de coupures et de cicatrices en tous genres, comme si mon corps transpirait tous les actes autodestructeurs que je commets ces derniers temps. Et toutes ces petites blessures ne sont pas glorieuses, comme un fait exprès. Une brulûre de cigarette traverse ma main; plus loin, une écorchure due à un accroc sur un mur en crépi; sur le front, une cicatrice faite en me cognant sur le rebord métallique d'une fenêtre; mes genoux et mes jambes couverts de bleus, de jaunes, de violets; ma poitrine griffée; mes cuisses tuméfiées; mon cou et mon dos douloureux ce matin; une coupure sur le bras à cause de bandes de papier aluminium.

Je me cogne partout, sans arrêt, sans le vouloir, par maladresse, parce que mes pensées s'envolent et que j'oublie mon enveloppe charnelle, ma peau endormie par les cataplasmes brulants que j'applique pour avoir moins mal. Le reflet de tout cette façade abimée me rappelle désagréablement qu'on est coupable de ses actes, de tous ses actes. Chaque hématome me dit que j'ai bientôt atteint les limites de l'acceptable, que je dois remettre en cause le pseudo-équilibre dans lequel je me suis enfermée pour ne surtout pas me mettre en danger, pour vivre une vie prévisible et confortable.

Mais les coutures craquent peu à peu, et le fil que je trouve pour réparer n'est pas solide, alors s'échappent des bouts de moi, des bouts de n'importe quoi que je donne à n'importe qui. Je me suis poussée dans mes derniers retranchements et je persiste à fermer les yeux, inlassablement, parce que, comme dit la chanson Strawberry fields, "Living is easy with eyes closed".

Je suis prisonnière de moi-même et j'emprisonne les autres avec moi. La clé est là quelque part, mais personne ne la trouve. Je vis entre la jubilation et le désespoir d'être moi. Je fanfaronne mais au fond je suis incapable d'assumer et de contrôler quoi que ce soit. Je me laisse porter jusqu'à la dérive finale. Je m'accroche aux radeaux de fortune qui passent sur mon chemin, mais ils s'écroulent les uns après les autres une fois leur utilité consommée.

Je marche dans des marécages sans m'arrêter de peur d'être avalée par le sol.

"I felt the wind
Was pushing behind us there
It's taking us someplace that darling we've never been"