Hier soir, je cherchais mon passeport, ce qui chez moi n'est pas une mince affaire car je suis extrèmement bordélique, et en plus, je garde tout, ce qui fait que mon appart est envahi de choses inutiles que je ne peux me résoudre à jeter parce que:- ça pourra toujours servir (théorie Mac Gyverienne)
- mes futurs enfants seront contents de trouver des reliques de leur mère (bon,d'accord, ça c'est une supposition très douteuse)
- ça me rappelle des souvenirs (un vieux ticket de métro de New-York, une pièce danoise, un papier de chocolat suisse)
Donc, impossible bien sûr de mettre la main sur mon foutu passeport....mais dans le coin de la chambre, je vois une petite boîte à chaussures que je ne reconnais pas comme une des miennes; je l'ouvre donc et découvre des lettres appartenant à mon homme. Je sais pertinemment qu'il ne veut pas que je les lise. Je le sais tellement que j'en salive d'avance. Il n'est pas là. Je suis curieuse. En plus, je m'ennuie. Cette excuse me suffit à enfeindre la loi tacite qui règne entre nous.
Alors j'ai ouvert chaque enveloppe en faisant attention de ne pas déchirer le papier usé et j'ai lu, comme on lit un roman de gare, les lettres des amoureuses précédentes; les déclarations enflammées, les mauvais poèmes, les fautes de syntaxe, les paroles de chanson, les connotations sexuelles, les allusions érotiques...je me sentais comme une gamine qui fait une bêtise. Mon coeur batttait comme si toutes ces filles étaient encore là et qu'elles sollicitaient celui que j'aime. J'en étais presque jalouse. Je me disais aussi qu'elles écrivaient comme des pieds, et quelles connes elles devaient être.
J'étais sidérée par l'idée que mon homme à moi ait pu aimer de pareilles andouilles. Elles lui parlaient d'enfants, de "je n'aimerais que toi pour toujours", de leurs sentiments naissants et de ses fesses de Dieu grec. Une a même dit qu'elle avait une photo de son postérieur. J'espère que cette salope l'a perdue.
Je ne suis pas une fille secrète. Je partage volontiers tout et n'importe quoi avec tout le monde et n'importe qui. Si Pierre avait lu les mots de mes prétendants passés, celà ne m'aurait nullement gênée. Lui, il n'aime pas ça. Je n'ai pas à connaitre son passé. Oui, c'est vrai. Mais en même temps, son passé est inscrit en lui, ce qu'il est est le résultat de ce qu'il a déjà vécu. Mais je ne me cherche pas d'excuses. Je suis une incorrigible fouine.
Quand j'étais petite, dès que ma soeur ou mes parents partaient, je fouillais inlassablement partout dans leurs affaires, à l'affût de quelque trésor dissimulé (il y a toujours des trésors dissimulés).
J'avais l'impression que ça m'aidait à comprendre les gens autour de moi, je cherchais les failles qu'ils voulaient cacher. Mais Citron, il n'aime pas qu'on voit ses failles. Citron, il n'aime pas me parler de lui. Citron, il a plein de secrets.
J'aimerais bien lui ouvrir la tête comme on ouvre une vieille boîte à chaussures.
