Musique:Dionne Warwick "Do you know the way to San José?"A midi, je me suis retrouvée assise sur un banc dans un parc à manger des frites grasses au milieu d'une colonie de vacances en rollers avec May. Malgré les apparences, cette entrevue fut agréable.Elle, c'est une des mes seules amies filles que je connais depuis le lycée et qui attend son premier enfant. Elle m'a dit "Je n'aime pas les gens comme tout le monde.Toi tu es spéciale."
Tout de suite, j'ai pensé à cette scène de "Welcome to the dollhouse" de Todd Solondz, où l'adolescente ingrate et sans amis décide de fonder un club qui s'appelle "The special people club".Ce qui lui a échappé, c'est que "special" en anglais a une connotation péjorative signifiant "débile", et tout le monde se moque d'elle.
Nous avons regardé ce couple d'amoureux qui s'embrassait et se regardait bêtement, et nous avons imaginé que c'était une relation adultère, qu'elle l'avait séduite grâce à ses jambes, et qu'il avait promis de quitter sa femme qui avait pris 25 kilos après 3 enfants.
Je n'ai pas pu m'empêcher d'observer le ventre rebondi de May en pensant que j'étais vraiment émue qu'elle m'ait choisi pour être la marraine se son petit garçon, moi à qui on a jamais rien demandé.
J'ai l'impression d'avoir une mission sacrée. Je n'aime pas les responsabilités.Lorsque j'avais environ 7 ans, lors d'une sortie de classe près d'une petite gravière, ma meilleure amie s'est noyée devant mes yeux.
Nous avions désobéï à notre maîtresse qui nous avait interdit de dépasser les bouées de sécurité, mais petites rebelles que nous étions, nous avons fait fi de ce conseil et nous nous sommes éloignées, trompant la vigilance de tous. Elle fut emportée par un courant vers le fond; je me suis réveillée sur la rive, ne comprenant pas ce qu'il m'arrivait. Mes souvenirs sont flous, je les ai rangé dans un coin de ma mémoire avec la peur panique qu'ils ne ressurgissent un jour.
Je crois que cet épisode dramatique a marqué un tournant dans ma vie d'enfant insouciante.J'en ai gardé un sentiment omniprésent de culpabilité et de fréquents cauchemards.Je ne supporte pas de me sentir impuissante lorsque je sens que quelqu'un a besoin d'aide. Mais j'ai aussi appris à relativiser.
Tout relativiser.
Trop?
