Cet après-midi, m'étant gracieusement octroyé une journée off pour cause de maladie incurable (la paresse, c'est incurable, non?), nous sommes allés nous promener en ville avec mon Citron.
A vrai dire, ce n'était pas vraiment par plaisir, mais nous avions quelques héroïques tâches à accomplir, du genre acheter de la lessive ou des timbres. Mon homme devait également passer à la banque pour réceptionner un fax lui permettant de faire un décaissement sur son compte. Arrivés au guichet, la banquière nous dit que nous devons aller au troisième étage de l'agence (oui, c'est une très grande agence) pour récupérer le fax, car il avait été transmis au mauvais endroit.
Nous prenons donc l'ascenceur et atterissons à l'accueil de la gestion des comptes particuliers. Là, autre ambiance: des toiles d'art contemporains accrochées au mur, la climatisation, les dames élégantes, le léger parfum des fleurs fraîches, le silence à peine dérangé par les talons aiguilles foulant la moquette immaculée. La dame de l'accueil nous reçoit avec un sourire interrogateur; il est clair que nous n'avons rien à faire içi. Je regarde mon homme expliquer la situation, tout penaud avec son vieux sac à dos déchiré, sa barbe de trois jours et son portefeuille d'enfant presque décomposé.
Je me sens moi-même minable avec mon tee-shirt fripé et mes baskets éculées. Des gens passent, ils ne nous remarquent pas. Je suis mal à l'aise. Mon homme me dit, et probablement à juste titre, "nous, on aura jamais de compte içi". Je dis "on ne sait jamais" en pensant le contraire. En repartant, je demande à Citron: "Tu ne t'es pas senti complètement décalé?" Il me dit que non, il s'en fout.
Déjà à l'école maternelle, puis à l'école primaire, il était inscrit que je n'aimais pas les adultes et que je n'arrivais pas à communiquer avec eux. Je crois que c'est toujours vrai. Je suis toujours mal à l'aise dans les endroits qui puent le fric, avec les gens trop bien habillés, les gens très beaux, les gens très cultivés. Pourtant, je viens d'une famille aisée, et par le métier de mon père, j'ai rencontré beaucoup de personnes alliant ces critères, et fait pas mal de soirées "mondaines".
En fait, je connais les manières d'usage, je sais me tenir, je sais engager des conversations, je suis polie, bien élevée, je sais avec quels couverts manger dans les restos chics, je sais ce qu'il faut dire et ce qu'il ne faut pas dire, je sais m'habiller pour la circonstance, je sais faire illusion si besoin est. Avec ma soeur et moi, on peut dire que mes parents ont tiré le gros lot. Ma soeur est partie à Londres à ses 18 ans(et 10 ans plus tard, elle y est toujours), et de fille extrèmement discrète, elle est devenue piercée, tatouée, individualiste, droguée et trash-model à ses heures.
Moi, je suis une flemmarde patentée qui écoute de la musique bizarre et râle continuellement quand je ne suis pas déprimée. J'ai plusieurs fois tentée de faire comprendre à mon père combien il était enrichissant d'avoir des enfants "différents" mais la vision de mes Converse Flammes portées avec n'importe quoi le fait sérieusement douter. Il voudrait que je sois plus féminine, que je sois une battante.
Même si en fait je crois qu'il m'aime comme ça, et qu'il a envie de dire à ses copains qui ont des enfants chirurgiens dentistes "Je vous emmerde tous, ma fille est bien mieux que tous vos rejetons réunis". Je ne peux cacher celle que je suis vraiment. Sinon, je ne suis plus rien. Je crois être une fille simple. L'apparence compte certainement, mais autant que ce soit un minimum. Alors oui, mes parents auraient rêvé que j'ai plus d'ambition, peut-être que je vise plus haut. Mais je ne vise pas.
De toutes façons, je suis nulle au tir à l'arc.
