08/09/2004

Nouvelle formule



Vendredi:
Après avoir pris un jour off, je retourne au boulot assez contente. Je sais que Church va passer, j'en ai déjà parlé c'est un américain qui a la trentaine, putain, je vais pas vous répéter les choses 100 fois quand même!Il est tout fier de m'offrir deux cds qu'il a ramené des Etats-Unis et me propose un dîner le dimanche soir. J'accepte.

Vendredi soir:
Soirée "La honte" avec ma Tessa et ma Alana, pizza, vin et Star ac' au programme, plein de "hin hin hin" à la présentation de chaque nouveau candidat avec en sus, commentaires injustes, recherche de cellulite ou de boutons d'acné apparents, interrogations sur la sexualité de chacun, moqueries à l'évocation de leurs "artistes préférés" (dont les très originales Céline Dion et Lara Fabian, nos deux plus grandes poétesses francophones), critiques non-constructives à la limite du pathétique, la classe américaine, quoi. Ma Tessa partie, discussion et fumage intensif de clopes avec ma Alana qui a fait l'effort de venir pour être avec moi et puis, on va se coucher parce que la star ac', ça épuise.

Samedi:
Lever tôt et matinée de sales filles, direction les magasins pour dépenser plein de thunes qu'on a pas. Ca je sais très bien faire, c'est facile, je donne des cours du soir. Nous allons ensuite déjeuner dans un restaurant gastronomique (Couik) et ma Alana me jette chez moi pendant qu'elle va prendre le café avec des membres de sa famille. Pleine de projets plus fous les uns que les autres, je m'endors sur mon lit parce que les projets, ça épuise.Je me réveille deux heures plus tard, rassemble mon linge sale et pars chez Citron faire une petite lessive qu'il me marchande contre une glace au citron. La machine en route, je rejoins Ezechiel, Tessa, Fred et Tana et deux autres personnes dans un bar. Ma Alana nous rejoins, je bois une grenadine, c'est comme ça et c'est bien.Je ne tiens pas en place, j'ai pas envie de rester assise dans ce café, je lance des regards desespérés à Alana pour qu'on bouge. Je passe acheter la glace et fonce chez Citron récupérer mon linge encore humide. Ensuite, nous allons à la Bourse, Alana achète l'intégrale de Peter Pan de Loisel et m'offre "Brûlant secret" de Stefan Zweig.
Ensuite, direction les quais du Rhône où on s'installe sur des transats au bord de l'eau sur du sable, on ferme les yeux en buvant une bière en se croyant à Copacabana. C'est pour moi le meilleur moment du ouikend, je ferme les yeux et ma peau avale les derniers rayons de soleil de la journée, je parle avec ma Alana de choses importantes, de notre amitié, et nous échaffaudons de croustillants projets pour l'avenir.
Alana se désole que je ne sois pas un homme, je lui dis que ça peut toujours s'arranger.Tessa vient boire une bière avec nous, et quand le soleil a complètement disparu, nous nous dirigeons vers le resto chinois, puis pour finir, nous nous rendons sur un bar-péniche, mais ma Alana et moi ne nous attardons pas, la fatigue et peut être l'ennui nous ayant rattrapé. Nous ne résistons pas à l'appel de la couette et nous nous endormons paisiblement.

Dimanche:
Ce qui est génial dans mon quartier, c'est que les boulangeries ne sont pas ouvertes le dimanche, ce qui est d'une logique implacable, parce qu'il est vrai que le dimanche, Dieu a dit "Tu ne mangeras pas de pain, et des croissants, faut même pas y penser espèce de feignasse, t'as vu à quelle heure tu te lèves?".
Après avoir fait 150 kilomètres, je trouve une petite épicerie où j'achète de merveilleux pains au chocolat industriels à la forme et au goût d'éponge et du café dégueu à 5 euros 45 le paquet. Je reviens donc un peu penaude de ces courses si misérables mais je ne mets pas longtemps à m'en remettre, je suis quand même un peu contente, c'est dimanche, je ne travaille pas, ma Marie est là et j'ai même signé un pacte de non-agression avec ma coloc, du coup, tout se passe très bien. Cette journée est placée sous le signe de la moule, animal peu loquace, certes, mais tout à fait adapté à l'inactivité dans un canapé.

Faisons une expérience: asseyons une moule sur un canapé.
Résultat: la moule regarde le téléfilm de la 6 sans se plaindre.

La journée se passe ainsi, je vaque à mes occupations dominicales, je trie quelques vêtements que je mets dans un carton qui ira à ceux qui en ont plus l'utilité que moi et en écrivant celà je me dis quelle nullité d'écrire ça, c'est comme si je voulais me donner bonne conscience.
A 16h30, je prends la route en direction du Sud, et en bonne copilote, je m'endors sur le siège passager. Comme prévu, Church m'appelle et je décline l'invitation de mes collègues à dîner sous les sarcasmes.
Nous dînons donc en terrasse en buvant un excellent vin de la région. C'est très agréable, j'apprécie sa conversation et sa classe, j'ai l'impression d'être une autre, de me tenir mieux, d'être plus posée, mais c'est naturel. De plus, ma voix est différente lorsque je parle anglais, j'ai l'impression que je pourrais m'accouder à un bar en fourreau noir et me la jouer femme fatale avec un porte cigarettes et des gants à la Rita Hayworth. Il est minuit, nous avons délibérément bu plus que de raison, Church me raccompagne à mon hôtel et au moment de me dire au revoir, m'enlace. Je l'embrasse chastement sur la joue et je lui souris, je n'ai pas envie de céder malgré une certaine attirance.

Lundi:
Lever à 6h00, et puis boulot jusqu'à 15heures sous un soleil de plomb et une température avoisinnant les 38°C. Je me suis donc transformée en flaque, très sympa, mais peu pratique pour marcher. Nous reprenons la voiture et en bonne copilote je m'endors sur le siège passager. Nous arrivons à M. et je me jette sous la douche puis je vais me balader, seule, parce que j'ai envie d'être seule, et je tombe sur une magnifique expo de Zao Wou-Ki.
De retour à l'hôtel, je me change, Church m'appelle et je l'invite à se joindre à mes collègues et moi pour le dîner. Tout le monde est mort, les conneries fusent, Church me dit qu'il est fatigué et qu'il ne va pas se coucher tard mais en partant, il me prend à part et me propose une promenade nocturne dans la ville. Ce que nous faisons. Nous parlons beaucoup, c'est un homme érudit, très interessant et passionné, je suis flattée qu'il m'aime bien. Je lui offre un livre que j'ai déniché dans une petite librairie perdue, il est touché, je suis contente de lui faire plaisir. Je rentre me coucher vers 1h00, les yeux dans le flou et le corps ereinté par cette longue journée.

Mardi:
Lever tôt, je marche des kilomètres à une vive allure mais je ne vois rien, je ne suis pas du tout efficace, je fais plutôt du relationnel et j'abandonne vite ma quête de l'objet rare. A 11 heures, après 44 cafés, 725 cigarettes et 4 heures de marche ininterrompue, je décide de rentrer. Church m'avait donné rendez vous sur un stand en début d'après midi mais je lui laisse un mot en m'excusant de ne pas lui avoir dit au revoir. De retour à Lyon, je bosse encore un peu puis rentre chez moi, un mini coup de blues au coeur. J'achète le dernier numéro de Tecknikart en pensant que cette fois, je ne le donnerai pas à W., et, comme une coïncidence, le journal est vendu avec la mention "Nouvelle Formule".
Je mets du temps à m'endormir.

Mercredi:
"Tu refumes?" me demande ma mère au téléphone et je lui dis "Non, pas du tout" tandis que ma clope se consume entre mes doigts. Elle me dit "Ne dis pas à ta grand mère que ta soeur est enceinte." Je ne lui demande même pas pourquoi, je le sais. Parce qu'elle n'est pas mariée. Parce que la situation est compliquée. Parce que ma grand mère est chiante. Tiens, moi qui me demandait d'où me venait cette culture du secret et des non-dits, je crois que j'ai à présent la réponse. Alors bon on lui dira quand l'enfant aura 8 ans, ce sera mieux.
Ce soir, dîner chez L., avec qui j'ai habité à Londres et que je n'ai pas revu depuis environ 1 an.
Je lis Zweig comme si je lisais pour la première fois.

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J'écris, j'écris, et puis cette succession d'évènements est vraiment inintéressante, même moi je m'ennuie en les racontant. Pourtant, tout ça, on s'en fout, je veux dire j'ai un milliard de questions en tête. Ce matin, on m'a proposé un projet en novembre, il faut que je donne ma réponse rapidemment, mais du coup celà va beaucoup me retarder dans mes projets d'installation à Paris. Après tout peu importe, je dois aller là où la route me portera, qui est pressé après tout, l'ambition, je n'en ai pas, seulement celle d'aimer ma vie et d'aimer tout court. Donc c'est déjà beaucoup.

Se débarasser du superflu pour ne garder que l'essentiel, voilà ce à quoi j'aspire, la sérénité, tout est si confus que je veux conserver l'illusion que je peux me réfugier à tout moment dans ma bulle, celle qui me sert d'antichambre à la douleur.

Je ne veux pas piétiner sur place, je marche sans me retourner et tant pis pour ceux qui restent derrière moi.