"Jean-Paul, ce que j'ai à te dire est difficile, mais je dois le faire: il faut que tu partes maintenant."
Et Jean-Paul a pleuré.
Jean-Paul, c'est mon bourrelet. Il s'est installé depuis quelques mois chez moi, autour de mes hanches et de mon ventre, et ce que je peux dire, c'est que le jean taille basse n'aime pas le Jean-Paul. Moi, je m'y étais habituée, je lui parlais, j'avais l'impression d'avoir un ami tout le temps avec moi, mais force est de constater que Jean-Paul commence à être envahissant, il grandit, et j'ai peur qu'il me mange.
Je dis donc sus à Jean-Paul. C'est vrai que le fait de le baptiser n'a pas arrangé les choses entre nous puisqu'en le personnifiant, je m'y suis attachée. Mais j'ai l'habitude de faire ça avec les choses qui m'ennuient un peu. Par exemple, lorsque j'habitais à Londres (il faut savoir que la plupart des habitations sont très humides et insalubres), il y avait un cafard dans mon appart. Bon, je n'aime pas les cafards. Mais comme je n'arrivais pas à le tuer (le cafard est sournois, il ne sort que dans le noir), je l'ai appelé Bertrand. Bertrand, au même titre qu'un chat ou un chien, était mon cafard domestique. Je le trouvais même sympathique, si bien que lorsque je le surprenais, je n'en avais plus ni peur ni dégoût.
Les ennuis ont commencé quand Bertrand a voulu installer sa petite famille dans ma cuisine. Encore, il aurait payé un loyer, d'accord, mais là, je voyais bien qu'il n'y tenait pas plus que ça. Et puis, le problème des cafards, c'est qu'il n'y a rien qui ressemble plus à un cafard qu'un autre cafard. Donc, je ne reconnaissais même plus mon Bertrand au milieu de la colonie. Un jour, j'ai appelé le Council et il sont venus mettre plein de produits anti-cafards chez moi et je n'ai plus jamais entendu parler de Bertrand.
Je t'aurais Jean-Paul. Plus de Petit Ecolier, fini gateaux, frites, pain, chocolat, veaux, vaches, cochons. Adieu glaces Ben et Jerry's, pizza surgelées, boissons caloriques alcoolisées!
Jean-Paul, tu n'es plus le bienvenu.
Adieu, Jean-Paul.
